L’État apatride 

Un apatride signifie qu’une personne est dépourvue de toute nationalité et qu’elle n’appartient à aucun pays. Le syndicaliste Michel Chartrand disait souvent que le capitalisme est apatride puisqu’il n’a aucun pays d’ancrage et que ce système économique exploite tous les pays ainsi que les gens qui y habitent. Peu importent la nationalité, l’ethnie et la couleur de peau d’un individu, le capitalisme l’exploitera pour en dégager une plus-value. On pourrait aussi y voir dans cette formule une indifférence face à la terre que ce système exploite sans émotion, sans attachement et sans regret. En deuxième temps, nous pouvons croire que l’État est le garant de la nation qu’il administre par ses institutions, par le truchement des gouvernements qui se succèdent, par des mécanismes d’organisation, par des lois, etc. En bref, l’État est un appareil politique qui organise le pays et les individus qui y habitent. 

État : Société politique résultant de la fixation, sur un territoire délimité par des frontières, d’un groupe humain présentant des caractères plus ou moins marqués d’homogénéité culturelle et régie par un pouvoir institutionnalisé. (En droit constitutionnel, l’État est une personne morale territoriale de droit public personnifiant juridiquement la nation, titulaire de la souveraineté interne et internationale et du monopole de la contrainte organisée.)1 

  • Larousse 

La patrie signifie « La terre des pères ». C’est un endroit où des individus d’une communauté ont un attachement sentimental au pays auquel ils s’identifient et où ils partagent un imaginaire collectif avec leurs concitoyens. Donc, lorsqu’il est question de nation, de nationalisme, de patrie et de patriotisme nous y voyons une collectivité enracinée dans un territoire et qui partage un héritage, des origines, une langue, une histoire, des traditions, des mœurs, et des intérêts communs. Considérant tout cela, la question à se poser serait : pourquoi ce titre ? Pourquoi l’État serait-il apatride, alors qu’il a comme fonction d’administrer le territoire ? La simple et bonne raison serait que, malheureusement, cet appareil politique n’offre pas les moyens nécessaires d’existence et de survivance de notre peuple. Complice du capital, aucunement démocratique et déconnecté de sa population. Voilà ses crimes ! 

Complice du capital  

D’abord, en principe, l’État est administré par des fonctionnaires et gouverné par les députés envoyés à l’Assemblée nationale par les citoyens et les citoyennes qui ont pour mission de les représenter. Or, il arrive, trop souvent, que les députés et les ministres ne servent plus la population, mais uniquement les lobbies financiers qui exploitent nos ressources, les travailleurs, notre culture et tout ce qui peut être rentable financièrement. L’État bourgeois et le capital sont deux systèmes qui fonctionnent en symbiose, car ils ont besoin mutuellement l’un de l’autre pour vivre. Le capital a besoin de l’État pour organiser la société afin qu’elle puisse rapporter de l’argent aux grands propriétaires et l’État a besoin du capital pour financer son administration afin que l’ordre et la sécurité puissent permettre le bon fonctionnement de l’exploitation. Dans ce cas, si les deux entités se complètent mutuellement alors à quoi sert le peuple ? Le peuple vote pour désigner les prochains maîtres qui feront encore des traités économiques et des lois favorisant les grands propriétaires au détriment des prolétaires. Le gouvernement rend uniquement des comptes à ceux qui les font élire c’est-à-dire à ceux qui financent leur campagne électorale et qui les font bien paraitre à la télévision. Et le peuple croyant qu’il vit réellement dans une démocratie vote pour des gens qui lui retirent tout pouvoir décisionnel sur la politique. Être citoyen c’est être un acteur politique sur le territoire qu’on habite. Sommes-nous citoyens quand notre seul devoir politique est de voter une fois tous les quatre ans et que le reste du temps on peut influencer nos décideurs dans le respect des lois qu’ils mettent ? Poser la question c’est y répondre. 

Un État qui ne nous appartient pas 

Le système politique que nous avons peut se résumer à ceci. Le peuple vote une fois tous les quatre ans pour élire les gens qui vont les gouverner et écrire les lois à la place des citoyens. Nous pouvons dire que c’est une supercherie, puisque le droit de vote aux citoyens permet uniquement de voter des représentants et que le même peuple n’a aucune autre décision politique à faire jusqu’au prochain mandat. Les maîtres que nous désignons et qui administrent l’État n’ont aucun lien avec le reste de la population. Aucun lien culturel, territorial et de classe.  

Pour ce qui est du peuple, il n’a aucun levier décisionnel sur l’application ou non des lois. Nous citoyens, sommes impuissant face à l’organisation et à l’aménagement de notre pays. Nous sommes dépourvus de tout pouvoir qui traite des finances de l’État, à sa gestion des ressources, à l’élaboration des lois, à la Constitution, et à tout autre domaine qui doit concerner le peuple puisqu’il participe à la société. Tout ce que nous faisons c’est de subir à coup de lois déconnectées de la réalité du peuple et de la nation. Et lorsque nous sommes écœurés et tannés du gouvernement, on vote aux prochaines élections afin de donner un mandat à un nouveau dirigeant qui fera les mêmes politiques que son prédécesseur. 

Ce qui oriente et dirige nos politiciens n’est nullement le bien commun des citoyens et des citoyennes, mais uniquement la rentabilité et les profits, car ils ont des comptes à rendre et une dette infinie à effacer. Ils n’ont que faire des volontés populaires qui refusent les mesures d’austérité affectant leurs services sociaux, qui veut avoir un salaire suivant le coût de la vie ou de la préservation de leur culture et de la nature. Devant un État vendu aux plus offrants et contrôlé par une élite partageant ensemble la même classe sociale, les mêmes codes sociaux et les mêmes quartiers, il est logique que la fierté en prenne un coup.  

« Combien notre peuple est exposé à prendre pour du progrès, de la civilisation, de la culture, tout ce qui n’en est le moindre élément : progrès matériel, manifestation de puissance, exploit de finance, d’industrie, de génie technique. Et je ne sais si l’importance que prend justement (…) le problème économique ne contribue point à fausser nos perspectives »2 

  • Lionel Groulx 1939 

Fierté  

Nous avons un État apatride complice du capital. Un État où les citoyens ne peuvent, en aucun cas, avoir un réel levier démocratique sur les décisions qui en résultent et dont l’appareil gouvernemental leur échappe totalement. Considérant que l’État et le capital détiennent un énorme pouvoir de coercition et d’influence, il est naturel et logique qu’ils puissent avoir des effets considérables sur la population subissant leurs forces. En sachant tout cela, il va de soi que nos concitoyens n’ont plus une once de fierté pour la nation puisque nos représentants portent plus d’intérêt aux capitalistes étrangers qu’aux citoyens qui créent le pays chaque jour. Lorsque l’État prenait de bonnes décisions durant les Trente Glorieuses, la fierté nationale prenait de plus en plus de force, mais au tournant des années néolibérales, notre confiance envers nos élus et notre patrie s’est effritée. Lorsque nos élus ont tourné le dos au peuple en saccageant les services sociaux qu’ils ont eux-mêmes instaurés et en mondialisant la planète, nous, petit peuple aimant et fier de sa terre, sommes restés accroché au navire qui continue à sombrer et disparaître dans les profondes abyssales du néolibéralisme. Nous, citoyens molasses, avons les genoux sales et le dos courbé restons attaché à cet État bourgeois croyant avec tant d’espérance qu’il va nous aider et ainsi faire jaillir notre chère fierté nationale. Nos caractéristiques de colonisés refont surface quand il faut attendre après les autres plutôt que compté sur nous-même. Henri Bourassa avait vu juste. 

« Ils éprouvent un désir modeste d’agrandir leur situation individuelle et nationale; mais ils sont peut-être trop portés par instincts à compter sur la Providence et sur le développement des force sociales qui les entourent plutôt que sur les résultats de leurs propres efforts »3 

  • Henri Bourassa 20 octobre 1901  

Alors, nous croyons imbécilement que dès la moindre décision opposée au peuple, c’est la décision du peuple. « Nous avons élu la CAQ (ou le PLQ). On est épais !! », « La loi qu’on a adoptée est illogique », « On a donné 1 milliard de dollars à Bombardier », « On a coupé dans les services sociaux », « On a vendu des armes à l’Arabie saoudite » etc. L’énumération peut continuer. Arrêtons de penser en termes de représentativité. Les gens se transcendent dans un « On » qui ne pas lieu d’être. Ce n’est pas la majorité de citoyens qui ont voté pour la CAQ en 2018, c’est uniquement 37 % des électeurs. Ajoutons à cela un taux d’abstention de 33 % qui correspond à 2 millions de Québécois. Si vous regardez les résultats des élections précédentes, vous aller remarque la même tendance. Comment légitimer les lois votées par moins d’une centaine de personnes pour représenter 8 millions des nôtres que le gouvernement est élus autour du tiers des votes et qu’un tiers des citoyens ne se sont pas exprimés par les urnes ?  

Depuis 10 ans, véritable sous-marin 
Soi-disant nous tend la main 
Mais mate-le nous démâter 
En parquant l’gros paquebot des fédéraux dans nos eaux 
C’est sûr il s’insinue comme la moelle dans nos os 
En somme ça me semble simple : sous les libéraux 
Québec et Ottawa sont les lames d’un ciseau 
L’une décrisse les racines du lys 
Et l’autre s’immisce au sein de nos services 
Ça fait qu’émasculé, pis enculé, le calcul est pas compliqué : on va r’culer 
Devant tant d’unifoliés déployés à tous les paliers 
Croyez qu’on va tous se noyer, broyés, dans la marée rouge 
À moins qu’on ne bouge… 
Enweille bouge ! 

  • Loco Locass. Libérez-nous des libéraux. 

À nous notre pays 

Je persiste et je le répète. Tant et aussi longtemps que nous maintiendrons la croyance que l’État apatride est la représentation et le reflet du peuple et de la nation, nous allons perpétuer notre dénationalisation tranquille et allonger le pas vers notre bière. Si nos frères et sœurs continuent à croire aux inepties que le gouvernement est le représentant du peuple et que les décisions prises par nos colonisés de services sont les volontés populaires, notre méfiance envers nous-mêmes va continuer à s’accentuer vertigineusement jusqu’à atteindre la déterritorialisation complète à notre terre, le déracinement de notre peuple et l’ignorance de nous-mêmes. Notre fierté passe par nos décisions et nos actions ! 

Si l’État bourgeois ne s’occupe plus de la nation, alors nous allons nous en occuper sans lui. Laissons-le s’effilocher, s’effriter, se démembrer et se flétrir pendant que nous allons nous organiser sans lui. Pour cesser ce cirque faussement démocratique et cette dénationalisation, il faut que le peuple détienne réellement les leviers et les moyens de son existence afin que son présent s’inspire de son passé pour se projeter dans le futur. Puisque nos gouverneurs et nos décideurs ne respectent point le peuple et que les lois ne servent nullement l’intérêt général du peuple, alors ce dernier a l’ultime et l’immuable devoir de se s’approprier sa vie politique. Nous devons avoir le courage de sortir et de rencontrer les nôtres afin de nous organiser pour créer notre pays sans jamais attendre après nos élus qui ne font que servir les intérêts de ceux qui ne sont là que pour nous exploiter. Tant et aussi longtemps que nous allons légitimer par le vote et l’obéissance aux règles que nous jugerons absurdes, illogiques et déconnectés de l’intérêt général, nous allons continuer à creuser notre tombe. 

« Ce que nos élites ne font pas pour le peuple, le peuple le fera lui-même » 

  • Kemi Seba

Envoyons de l’avant nos gens ! 

La patrie ou la mort, nous vaincrons ! 

Olivier Lamanque Galarneau

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