Nationalisme et socialisme

Par Olivier Lamanque Galarneau

Introduction
Face au néolibéralisme et à la mondialisation, la gronde des peuples se fait sentir davantage et ces derniers se polarisent entre deux différents groupes qui, à une époque pas si lointaine, luttaient côte à côte. D’une façon généralisée, nous pouvons dire qu’à gauche on retrouve des socialistes et des anarchistes qui combattent les inégalités de richesse tout en méprisant la nation. À droite, on retrouve des nationalistes qui veulent redorer leur culture et renouer avec leur identité nationale sans penser aux citoyens qui portent cette identité. Si nous voulons combattre le capitalisme qui tue les travailleurs et les peuples, nous devons renouer avec ces deux courants de pensée qui s’éloignent de plus en plus. Durant le 20e siècle, la révolution cubaine, le mouvement indépendantiste québécois, la révolution de la Haute-Volta, l’élection du chili en 1970 et la révolution russe, ont tous été des luttes de libération nationale et sociale. Ces révoltes avaient comme but de protéger la nation et tout ce qui en découle comme la culture du pays, mais aussi les citoyens et les citoyennes qui y habitent. Ce n’est pas pour rien que la fameuse phrase « La patrie ou la mort » était mise de l’avant par des révolutionnaires socialistes et patriotes. Dans le contexte de la guerre froide, les deux idéologies étaient unies afin de contrer l’hégémonie américaine. Aujourd’hui, malheureusement, devant la mondialisation qui met à mal tous les êtres vivants, les deux courants de pensée sont divisés et s’opposent. Pourtant nous sommes à une époque mondialisée où nos États-Nation et le capitalisme saccagent nos services sociaux, appauvrissent les travailleurs, détruisent notre passé et dépossèdent les citoyens de leur vie. Il faut que nos luttes fratricides cessent, car l’oligarchie continuera à perpétrer la fameuse maxime : « Diviser pour mieux régner », mais les populations luttant pour leur survie en connait une meilleure : « Unir pour décider ».

Cessons la division
Le nationalisme et le socialisme ne doivent plus se diviser en deux camps antagonistes qui se font la guerre pendant que la bourgeoisie sirote son brandy calmement sans crainte, tout en propageant l’idée que les deux courants de pensée sont irréconciliables. Cette oligarchie, qui n’est pas près de tomber, se protège de plus en plus avec l’armée, la police et les médias en rendant nos frères apathiques et avachis sur leur cul en oubliant que nous avons un idéal en commun. Si nous voulons renverser notre dépossession tranquille et sournoise, mais toujours aussi violente, il faut que nous soyons en mesure de converger la lutte de libération sociale et nationale pour libérer nos sociétés. Aujourd’hui, nous sommes loin des mouvements contestataires des années 1960. Nous sommes loin de Pierre Vallières, de Charles Gagnon, de Simonne Monnet, de Michel Chartrand, d’Andrée Ferretti et des autres qui avaient à cœur leur patrie et les gens qui y habitent. À mon sens, si vous défendez votre patrie au détriment des gens qui y habitent et qui y travaillent vous êtes sans-cœurs. Si vous défendez les travailleurs sans aucune préoccupation pour leur identité, leur culture et leurs héritages, vous êtes déconnecté de la réalité. Tant et aussi longtemps que les nationalistes « protègent » leur identité et leur pays, mais laissent le capitalisme précariser les travailleurs et que les socialistes « protègent » les travailleurs, mais laissent le mondialisme phagocyter leur culture pour l’homogénéiser dans un grand tout où les nations ne seront que des territoires exsangues d’histoires et dépourvus de tous particularismes distincts, nous serons toujours sous un régime qui n’est là que pour nous exploiter et nous déposséder. Un socialiste et un nationaliste soucieux de toutes créations humaines devraient avoir un pouvoir décisionnel sur ce qui les concerne.

« Sans l’autorité d’un seul, il y aurait la lumière, il y aurait la vérité, il y aurait la justice. L’autorité d’un seul, c’est un crime. Ce que nous voulons, c’est l’autorité de tous »
Louise Michel, Mémoires, 1886, Éditions Gallimard, 2021, p.382

Cher nationaliste
Cher nationaliste, qui veut libérer sa nation du joug d’un pays étranger, tu veux la liberté de quoi ? Tes revendications sont justes, mais incomplètes. Quand tu veux visiter les contrées les plus sauvages, naturelles et éloignées de ton pays, mais tu sais que le vagabondage est illégal et que tu dois payer un site de camping, une chambre d’hôtel ou un Airbnb, pour y dormir. Quand l’État a plus à cœur les industries qui saccagent notre faune et notre flore que nos citoyens découvrant leur identité et leur pays en voyageant. Quand la nourriture que nous mangeons est importée ou exploitée par des multinationales étrangères ou autochtones qui détruisent l’artisanat, le savoir-faire de nos ancêtres, les travailleurs et l’environnement pour rentabiliser leurs profits. Sachant tout cela, tu sais, alors qu’au tréfonds de toi, que nos concitoyens ne sont qu’un signe de piastre pour la bourgeoisie et que ta volonté de défendre ton pays sans remettre en question le système politique et économique est d’une lutte futile, puérile et vaine. Quand tu sais que nos ressources se font piller par des entreprises étrangères et transformées ailleurs tout en opacifiant la traçabilité du produit brut au produit fini et consommé pour l’éclipser du regard des citoyens. Quand tu sais que le visage de notre passé se détériore par la démolition de nos églises pour en faire des condos. Lorsque nos élites déplacent des populations pour faire un aéroport comme à Mirabel, ou pour en faire une réserve faunique comme au Parc Forillon en Gaspésie, ou des infrastructures mastodontes comme il se construit lorsque les gouvernements veulent « dynamiser » les métropoles. Quand nous n’avons aucun droit de regard ni de pouvoir décisionnel sur l’argent de nos impôts et que notre gouvernement injecte des millions de dollars dans ce qui ne favorisera jamais le peuple.
Chers nationalistes, comment pouvez-vous continuer à croire que le pays nous appartiendrait s’il devient souverain ? Comment pouvez-vous continuer à croire que nous serons maîtres chez soi si le Québec devient indépendant, mais qu’on change uniquement notre drapeau et notre hymne national ? Comment pouvez-vous continuer à croire que le gouvernement tient réellement à ses citoyens ? Comment pouvez-vous continuer à croire que le système dans lequel nous survivrons comble nos besoins sociaux, politiques et culturels ? Alors si vous aimez réellement la nation, alors vous devez comprendre que le gouvernement ne l’aide ra jamais tant que nous n’en prenons pas le contrôle. Par amour de notre patrie, cessez de croire aux lubies du capitalisme et aux dirigeants qu’on élit, puisqu’ils vont toujours engendrer de brutales coupures avec nos racines. En bref, aimer sa nation c’est la défendre contre toutes attaques de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur. Si vous avez à cœur l’héritage des aïeux qui nous ont précédés et dont l’injustice coule dans leurs veines, sachez que la lutte sociale est primordiale pour libérer votre nation.

Pour un vrai patriote fier de son pays et fier du passé qu’il a construit, le présent devrait se mobiliser et se révolter contre un système économique et politique qui détruit notre culture, efface nos mœurs, oublie nos traditions et dilapide notre héritage.

« J’entends un État dont la politique économique cesserait de détruire la foi au génie national, par cela que cette politique ne permettrait plus que l’on fît de nous une race de serviteurs et de parias. J’entends un État dont la politique sociale aurait ce multiple objet : arrêter la déchéance de nos classes moyennes, rétablir un juste équilibre entre notre population urbaine et notre population rurale, empêcher l’exploitation de masse par une poignée d’exploiteurs, enrayer par-là l’effroyable gaspillage de notre capital humain. »
Lionel Groulx. Décembre 1937

Cher socialiste
Et vous, mes chers socialistes qui redoutent la fierté d’appartenir à une patrie, qui aimez les révolutions communistes des autres pays, mais peine à connaitre le vôtre. Vous qui croyez que l’État est synonyme de nation, que les frontières ne sont pas essentielles afin de protéger les travailleurs, qu’elles sont oppressantes et que les nations créent les guerres. Votre analyse des conflits de classe est juste, mais elle doit s’inscrire dans un contexte national et local. Lorsque vous focalisez uniquement sur les travailleurs, mais excluez tous ceux qui ont une vision conservatrice de la société. Quand vous pointez du doigt les fascistes, mais que c’est uniquement des patriotes critiquant l’immigration. Quand vous avez comme objectif de retirer toutes frontières. Quand vous appuyez des interventions militaires dans les pays pauvres du globe afin d’instaurer le progressisme, l’humanisme et la « démocratie ». Quand vous défendez des causes nobles comme le féminisme, l’écologisme et la liberté, mais que ces valeurs s’expriment uniquement dans vos achats et votre consumérisme à outrance. Comment pouvez-vous continuer à croire que vous êtes contre le capitalisme alors que vous le défendez ? Comment pouvez-vous continuer à croire que les nationalistes créent la guerre et le colonialisme, alors que ce sont les dirigeants les plus apatrides qui ont entamé ces gestes barbares ? Comment pouvez-vous continuer à croire que le nationalisme et le patriotisme c’est la guerre, alors que c’est au nom de leurs idées qu’on se défend contre l’impérialisme et le colonialisme ?

Si, comme certains socialistes, on enlève les frontières et qu’on détruit la nation, le capitalisme s’en ferra à cœur joie de venir piller et exploiter tout ce qui se trouve sur ce nouveau territoire. Un territoire vidé de toute souveraineté et de tout corps politique capable d’affirmer ses propres décisions et d’instaurer des limites. Alors ces anti-nationalistes et néo-libéraux qui affirment d’être anticapitaliste ne sont qu’en vérité que les valets de service du grand capital, puisqu’ils retirent tous les obstacles au marché croyant que c’est pour être moins oppressés. Pour un vrai socialiste, il doit utiliser l’État et les frontières pour résister à l’impérialisme et au marché s’il veut réellement protéger les gens qui habitent sur le territoire. D’ailleurs, afin de permettre l’organisation de la production sur un territoire et dans une entreprise, il faut que les gens aient un héritage commun, comme une langue, un passé, des traditions et des mœurs tout en ayant une affection commune pour la même terre. En ce sens, les décisions prises auront un sens logique pour les décideurs.

En conclusion
La démarche que nous devrons entreprendre lorsqu’on est socialiste ou nationaliste (être les deux c’est encore mieux) c’est de se battre pour un pays qui nous appartient réellement et non parce qu’on a des symboles ou un État qui affirme de parler au nom des nôtres. Un vrai peuple qui s’appartient cessera toute exploitation abusive de la nature, de ses frères et sœurs. Un peuple qui détient réellement son pays ne va jamais laisser des capitalistes user de ses ressources, de sa culture, de sa nourriture, de son art et de son travail afin de générer un profit qui ne servira jamais la patrie. Un peuple qui gère son pays ne laissera guère des politiciens, détachés des réalités quotidiennes, prendre des décisions telles que subventionner des multinationales, vendre des armes pour tuer des amoureux et des familles, construire des infrastructures qui urbanisent et vident nos régions. Lorsque nous avons à cœur la question sociale et nationale, aucun obstacle, faux-ami, gouvernement ou capitaliste ne se mettront sur le chemin du destin des peuples. Nous voulons nous réapproprier le pays qui habite nos pensées, notre cœur et notre âme sans qu’aucune autre nation ou élite bourgeoise nous dicte quoi faire.

Soyons intrépides, fougueux, droits, curieux et fiers. Marchons au rompt le cœur de nos écorces tendres afin d’atteindre notre étoile. L’oppression des peuples aura fait son temps.

« En tant que socialiste, je suis prêt à faire tout ce dont un homme est capable pour permettre à notre patrie de conquérir son héritage légitime — l’indépendance. Mais si vous me demandez d’en rabattre d’une miette, d’un iota en ce qui concerne les revendications de justice sociale, dans un but de conciliation des classes privilégiées, alors mon devoir est de m’y refuser.
Accepter serait malhonnête et inadmissible. N’oublions pas que celui qui fait un seul pas avec le diable n’atteint jamais le paradis ; proclamons ouvertement notre foi ; la logique des événements est avec nous »
James Connolly. Janvier 1897

Vive notre libération nationale !
Vive notre libération sociale !
La patrie ou la mort, nous vaincrons !

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