Introduction
Que faire? de Lénine est l’un des ouvrages les plus utiles pour tout marxiste-léniniste, mais aussi l’un des plus fastidieux à la lecture, c’est pour cela que je vous propose un article simplifié pour commencer avant de l’entamer.
Lénine parle dans son ouvrage de comment former un Parti d’avant-garde de masse avec des révolutionnaires professionnels dans le contexte de la Russie du début du XXe siècle. Voici une adaptation de sa méthode aux conditions de notre époque et de notre pays, le Québec. Le texte sera constitué de 4 parties:
- Rappel historique sur le marxisme-léninisme québécois et la montée du spontanéisme
- Construire l’avant-garde
- Chercher la fédération à l’isolation
- Conclusion
Rappel Historique
Rappel historique sur le spontanéisme (1) : la montée du spontanéisme en Occident est dû à l’échec des organisations marxistes-léninistes des années 70-80 telles que En lutte! , le PCO ( Parti communiste ouvrier ) et sa copie moderne le PCR-RCP. (Parti communiste révolutionnaire) (2).
Le problème de ces organisations, c’est qu’elles appliquent le marxisme-léninisme de façon stéréotypée et folklorique, de façon stricte et monolithique, calquée sur des pays où les contradictions du capitalisme et de l’impérialisme sont plus sévères, comme en Russie tsariste ou en Chine, ou des pays sous-développés qui sont soumis à une dictature à la solde des pays impérialistes, comme en Inde ou aux Philippines, des pays où des révoltes armées sont en cours.
Aussi ces pays asiatiques et eurasiatiques ont des cultures différentes de celles de l’Occident, ils ne sont pas touchés par le libéralisme-libertaire, il y existe encore un certain respect pour l’autorité traditionnelle que nous n’avons pas en Occident dû à la vague libérale des années 60-80, dû au passage de nos sociétés militaro-industrielles à la société de consommation et de divertissement, qui a changé nos rapports face à l’autorité.
Nous n’avons clairement pas les mêmes conditions de lutte et les mêmes contradictions que ces pays. Nous devons adapter l’organisation du centralisme démocratique en conséquence et agir en Québécois, et non de manière stéréotypée et folklorique. Il faut s’adapter dans le temps car c’est bien cette erreur qui a profité aux anarchistes dans les mouvement sociaux québécois et qui a fait reculer la lutte au Québec.
Le piège du spontanéisme
Les problèmes avec le spontanéisme sont :
- Sa durée dans le temps.
- Sa difficulté à fédérer et sa tendance à sombrer dans l’isolation.
Un bon exemple récent est la révolte des gilets jaunes. Ils ont agi de manière spontanée, sur les réseaux sociaux, sans aucune ligne directrice claire, seulement des revendications claires. Tout le monde pouvait se déclarer gilet jaune et faire des actions, ce qui a fait leur force parce qu’ils ont atteint l’hégémonie auprès des masses, mais aussi leur faiblesse parce qu’agir de façon spontanée, c’est agir de manière directe, sans professionnalisme, sans planification à long terme. Ce qui donne à chaque section une trop grande autonomie et tue les objectifs de se fédérer en grand mouvement, en grande organisation avec des stratégies claires et précises comme un parti d’avant-garde, ou comme un syndicat. Ceci emmène le mouvement ou les organisations du mouvement à l’isolation. (3)
Mais sans spontanéisme il n’y aurait pas de mouvement, ce qui empêche les masses d’évoluer et d’apprendre de ces luttes. Et sans apprentissage, pas de révolutionnaire professionnel, et pas de révolutionnaire professionnel, pas de parti d’avant-garde, et sans parti d’avant-garde, pas de révolution.
Maintenant passons à comment utiliser le spontanéisme à son avantage, tout en cherchant la professionnalisation et la fédération du mouvement ouvrier et de son avant-garde.
Construire l’avant-garde
Front uni : le parti doit être au cœur de chaque mouvement spontané, y militer activement et chercher à faire front uni avec ceux qui sont compatibles.
Chercher l’hégémonie : Notre parti doit chercher l’hégémonie pour devenir le parti d’avant-garde au Québec avec justement le front uni et la cohabitation avec les mouvements spontanés et pour ce faire, il faut chercher la fédération.
Comprendre et éduquer : il faut comprendre les mouvements spontanés et apprendre d’eux les idées justes qui y sont développées, chercher à faire aboutir leurs revendications et chercher à éduquer les masses de ces mouvements pour les rendre professionnels, c’est-à-dire les aider à faire des luttes politiques, économiques et philosophiques concrètes qui changeront la conjoncture politique québécoise
Construire ou s’approprier des structures politiques : le parti doit chercher à s’approprier des structures politiques comme les syndicats, comme a pu faire le PCF avec la CGT, et aussi en créer de nouvelles comme des conseils ouvriers semblable aux soviets en Russie qui seront les prémisses de l’instauration de la dictature du prolétariat.
Et il doit aussi se créer des médias (journal, chaîne YouTube, et autres) ou avoir des stratégies pour diffuser, pour mieux coordonner et être visible. Aujourd’hui cela est facile avec les médias sociaux, tout le monde peux partager et s’exprimer facilement à grande échelle.
Chercher la fédération et non l’isolation
Comme dit plus haut, il faut préférer la fédération à l’isolation. C’est une phase primordiale pour le mouvement ouvrier québécois et pour la construction de son parti communiste d’avant-garde. Pour faire cette fédération il faut respecter les mouvements spontanés et cohabiter parce qu’ils seront le moteur de la lutte, comme on a pu le voir en Occident avec les gilets jaunes.
Cette cohabitation peut se résumer avec la maxime maoïste de « marcher sur ses deux jambes. »
Marcher sur ses deux jambes veut dire rallier le subjectif à l’objectif.
Le subjectif est la jambe gauche c’est la connaissance sensible ce qui veut dire le savoir par la pratique (par l’essai, une action sans objectif concret ) ce qui peut ramener au spontanéisme.
L’objectif est la jambe droite, elle est donc son contraire, c’est la connaissance rationnelle, ce qui veut dire l’expérience (le savoir théorique, le révolutionnaire professionnel, les actions à objectif concret).
Les communistes doivent chercher à faire correspondre le subjectif à l’objectif parce que c’est la théorie de la connaissance marxiste, parce que lorsque le subjectif ne suit pas l’objectif, c’est parce qu’il y a une erreur et il faut la corriger. Lorsque le subjectif correspond à l’objectif, le résultat est un succès et le mouvement évolue.
Aussi nous avons le devoir d’aider ceux qui ne comprennent pas la théorie révolutionnaire pour qu’il y ait un saut qualitatif dans le mouvement de l’histoire québécoise, et aboutir à une organisation concrète. Il faut que le mouvement ouvrier marche sur ses deux jambes, c’est-à-dire en équilibre.
Conclusion
Pour ne pas répéter les mêmes erreurs que les partis marxistes-léninistes historiques, il faut comprendre deux choses :
- Ce n’est pas le parti qui édifiera la ligne à suivre pour la révolution socialiste dans une recette toute faite, mais biens les masses et le résultat des expériences spontanées à travers leurs revendications et leurs idées justes, ainsi que les codes symboliques qui en découleront pour ainsi forger la ligne que nous allons suivre pour guider le mouvement ouvrier québécois dans la direction concrète de la révolution socialiste.
- Dans le parti, le respect de la base et une plus grande autonomie sera primordiale parce que ce sont eux qui sont en contact direct avec les masses et qui pourront faire des enquêtes efficaces, qui seront ainsi rapportées vers le haut pour adapter la ligne du parti à la conjoncture actuelle. Aussi cela respectera davantage la culture de l’opposition occidentale et le parti pourra mieux s’adapter aux conditions de certaines régions, mais cela ne doit pas atténuer le côté centraliste du parti et ses directives de haut en bas et de bas en haut. L’autonomie de la base doit simplement renforcer le côté démocratique du parti.
Notes et références:
1. Le spontanéisme est une doctrine de mouvements anarchistes ou d’ultragauche qui pensent qu’il faut avant tout faire confiance à la spontanéité révolutionnaire des individus ou des masses, par opposition à la préparation et à l’organisation.
Il peut venir d’une impatience révolutionnaire non spécialement théorisée. Par exemple lorsqu’une avant-garde très politisée ne réalise pas que ses actions radicales ne sont pas en phase avec la majorité.
Il peut venir d’un dégoût des bureaucraties du mouvement ouvrier (dans les partis et les syndicats), qui en viennent souvent à freiner les initiatives des masses.
Il peut venir de théories comme la propagande par le fait, selon lesquelles l’exemple donné peut servir d’étincelle pour embraser les masses.
2. Parti marxistes-léninistes historiques (PCO et En luttes!) ou actuel (PCR-RCP) ayant les mêmes problèmes structurels de thèse et d’analyse :
PCO https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_ouvrier_(Canada)
En luttes ! https://fr.wikipedia.org/wiki/En_lutte_!
PCR-RCP https://www.iskra-pcr-rcp.ca/a-propos/
3. Voici un du journal trotskyste de la TMI qui traite de la question du spontanéisme sur deux exemples : celui des gilets jaunes duquel aucun parti n’a réussi à encadrer le mouvement et à le fédérer; celui du PTB (parti des travailleurs de Belgique) un parti communiste qui a réussi à fédérer.
Article gilet jaune https://www.marxiste.org/actualite-francaise/politique-francaise/2436-les-gilets-jaunes-lenine-et-la-direction-de-la-cgt
4. Et voici un autre article de la TMI qui traite de la victoire du PTB (parti des travailleurs de Belgique) un parti communiste qui a réussi à fédérer un mouvement syndical important délaissé par le parti socialiste de Belgique.
https://www.marxiste.org/international/europe/belgique/2207-belgique-la-deroute-du-ps-la-percee-du-ptb-et-la-lutte-pour-le-socialisme