Par Albert Moreau
Cuba traverse l’une des périodes les plus graves depuis la Crise des missiles en 1962. En effet, depuis le retour de Donald Trump et sa clique en 2025, le gouvernement américain a considérablement renforcé son blocus illégal contre Cuba, un embargo condamné quasi chaque année par les Nations Unies depuis plus de trois décennies. Depuis le 11 janvier 2026, l’Empire américain a formellement interdit tout pétrolier vénézuélien d’approvisionner Cuba, même si la marine américaine interceptait illégalement ces pétroliers depuis décembre 2025. Ces mesures de « pression maximale » de Trump, qui ont pour but d’asphyxier l’approvisionnement de Cuba en carburant, ont déclenché une crise humanitaire aux conséquences extrêmement graves, considérant que l’infrastructure électrique fonctionne majoritairement au pétrole. L’île étouffe de plus en plus : des hôpitaux se retrouvent sans électricité, des récoltes pourrissent dans les champs, le transport en commun est défaillant.
Un peu de contexte
Même si la crise énergétique à Cuba s’est aggravée depuis les quatre derniers mois, le blocus américain dure depuis longtemps. Voici un portrait très bref de l’histoire de l’embargo illégal contre Cuba avant décembre 2025 :
1959 : La Révolution cubaine
Fidel Castro et les révolutionnaires du M-26-7 renversent le dictateur Fulgencio Batista, fantoche du gouvernement américain. Sous Batista, la quasi-totalité de l’économie cubaine était contrôlée par des intérêts étrangers, dont américains. Le nouveau gouvernement révolutionnaire décide donc de nationaliser les industries et de lancer une réforme agraire pour redistribuer la terre au peuple cubain, au grand désarroi des capitalistes américains.
1960 : Les premières sanctions
Suite aux mesures de nationalisation de l’industrie et aux réformes agraires engendrées par les révolutionnaires, les premières sanctions économiques des USA contre Cuba sont mises en place sous le président Dwight Eisenhower.
1962 : Le blocus commence
Le président américain John F. Kennedy décrète un embargo sur tout commerce avec Cuba. Ce même embargo dure encore depuis maintenant 66 ans.
1992 : Loi Torricelli
Sous l’administration de George H. Bush, les USA renforcent l’embargo en adoptant la loi Torricelli, qui impose des sanctions à tout pays apportant une assistance à Cuba et interdit aux entreprises de pays tiers de vendre à Cuba des biens dont la technologie contient plus de 10 % de composants américains, bloquant l’accès de l’île à beaucoup d’équipements médicaux et pétroliers.
1996 : Loi Helms-Burton
L’administration de Bill Clinton adopte la loi Helms-Burton, qui sanctionne toute entreprise, quelle que soit sa nationalité, qui s’installerait sur des propriétés nationalisées en 1959.
1991-2000 : La « Période spéciale »
Suite à la chute de l’URSS en 1991, Cuba est privée de son principal partenaire économique et entre en crise sévère : l’île se trouve privée de 70 % de son pétrole de manière très abrupte, le PIB du pays s’effondre de 44 %, et les Cubains perdent en moyenne 10 à 15 kg suite aux famines causées par le manque de carburant pour l’équipement agricole. Le Venezuela prendra lentement la place de l’URSS suite à l’élection de Hugo Chávez et sa Révolution bolivarienne.
2000 – 2016 : Assouplissements et le dégel d’Obama
Depuis 2000, les produits alimentaires sont exemptés du blocus, permettant aux entreprises américaines de vendre certains produits alimentaires et médicaments à Cuba. De plus, le 17 décembre 2014, Barack Obama et Raúl Castro annoncent simultanément le rétablissement des relations diplomatiques entre leurs deux pays. Les ambassades rouvrent et les restrictions de voyage s’assouplissent. L’embargo n’est toutefois pas levé.
2017 – 2021 : Premier mandat de Trump
Trump annule la plupart des assouplissements d’Obama, réimpose des restrictions sévères sur les voyages et les transferts d’argent, et réinscrit Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme en janvier 2021. Joe Biden, vers la fin de sa présidence, annonce son intention de retirer Cuba de cette liste en janvier 2025. Trump annulera immédiatement cette décision, quelques heures seulement après l’investiture de son deuxième mandat.
Le deuxième mandat de Trump
Le deuxième mandat de Trump s’annonce être le plus génocidaire envers Cuba depuis 1959. Dès le 20 janvier 2025, quelques heures après son investiture, Trump réinscrit Cuba sur la liste des pays soutenant le terrorisme, entraînant des sanctions financières supplémentaires qui isolent encore davantage l’île du système bancaire mondial. Malheureusement, le pire était encore à venir.
Le 3 janvier 2026, dans les petites heures du matin, Donald Trump et sa clique bombardent Caracas et kidnappent le président vénézuélien Nicolás Maduro et sa femme, Cilia Flores. La nouvelle présidente en fonction, restée fidèle à Maduro, a dû adopter une politique de repli face aux États-Unis, qui la tiennent avec un fusil sur la tempe. Les livraisons de pétrole vers Cuba sont suspendues sous les menaces américaines.
Les conséquences de ce blocus énergétique se font sentir dans chaque recoin de la vie cubaine. Les hôpitaux fonctionnent désormais dans des conditions que l’on associerait à un pays en guerre : des chirurgies sont suspendues, des équipements de radiologie, d’échographie et de tomographie restent éteints faute d’électricité. Depuis le début du blocus pétrolier en janvier 2026, La Havane enregistre 14 décès pour 1 000 naissances vivantes, le taux le plus élevé depuis plus de deux décennies (le taux de mortalité infantile à Cuba était de 4 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2018, il a donc quadruplé en 8 ans). Le directeur de la politique internationale du Centre for Economic and Policy Research, Alexander Main, dit que « La politique de « pression maximale » de Trump contre Cuba a tué beaucoup de bébés, et il est très probable que davantage de bébés meurent maintenant, à un taux encore plus élevé. »
Sur le plan alimentaire, la situation est tout aussi désastreuse. La pénurie de carburant prive les agriculteurs de leurs machines, empêchant la récolte de cultures entières qui pourrissent dans les champs. Le représentant régional de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, René Orellana, l’a dit clairement en mars 2026 : la population ne pourra tout simplement pas accéder à ces aliments. Le transport des denrées vers les marchés est paralysé, les files d’attente s’allongent devant les épiceries d’État, et les protéines ont pratiquement disparu des tables cubaines. Les salaires, souvent l’équivalent de 15 à 30 dollars américains par mois, ne suffisent plus à couvrir le prix de quelques kilos de tomates ou d’une bouteille d’huile. Selon des sondages récents, 80 % des Cubains considèrent la crise actuelle comme plus grave que la « Période Spéciale » des années 90, cette période où l’île avait perdu 70 % de son pétrole suite à l’effondrement de l’URSS et où les Cubains avaient perdu en moyenne 10 à 15 kg suite aux famines.
Appelons un chat un chat
Ce que vivent les Cubains aujourd’hui n’est pas une catastrophe naturelle, ni le résultat d’une mauvaise gestion interne. C’est le résultat direct et délibéré d’une politique américaine dont l’objectif avoué est de provoquer un changement illégal de régime à Cuba, peu importe le coût humain. Donald Trump lui-même le proclame, appelant le gouvernement de Miguel Díaz-Canel à « conclure un accord avant qu’il ne soit trop tard », dit-il comme bon mafieux
Car ce que Washington a mis en place depuis janvier 2026 va encore plus loin que le blocus traditionnel. En kidnappant Nicolás Maduro à Caracas et en coupant militairement les livraisons de pétrole vénézuélien, puis en menaçant de sanctions commerciales tout pays (Mexique, Russie, Algérie) qui oserait fournir du carburant à Cuba, l’Empire américain a transformé un blocus économique en une véritable arme de destruction massive à déploiement lent. Les bébés qui meurent en couveuse à La Havane ne sont pas des dommages collatéraux. Ils sont le résultat prévisible, calculé, d’une politique construite pour tuer.
Appelons un chat un chat. La stratégie de Washington, c’est le génocide.
¡Cuba no está sola!
Malgré le silence des médias occidentaux, le monde, lui, n’a pas détourné les yeux. Le 31 mars 2026, le pétrolier russe Anatoly Kolodkin a accosté au port de Matanzas, apportant avec lui la première livraison de pétrole à Cuba depuis le 9 janvier, transportant 730 000 barils de pétrole brut. Sur le quai, des Cubains avaient fait le déplacement pour assister aux manœuvres du navire. Le ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsiviliov, a annoncé l’envoi d’un deuxième pétrolier quelques jours plus tard, affirmant que « nous ne laisserons pas les Cubains en difficulté. » Dans le même élan, la flottille citoyenne Nuestra América, lancée par des militants internationaux de la Progressive International, a acheminé deux voiliers chargés d’aide humanitaire jusqu’au port de La Havane le 24 mars 2026, inspirés par les flottilles qui avaient bravé le blocus israélien sur Gaza. Cuba n’est pas seule.
« L’impérialisme sera vaincu, inévitablement. Qui nous a appris cette leçon ? Ce sont les peuples qui nous l’ont apprise. » – Fidel Castro, Conférence tricontinentale, 15 janvier 1966