Par Maxime Robert
« Car le socialiste d’un autre pays ne peut dénoncer le gouvernement et la bourgeoisie d’un pays en guerre contre « sa » nation, non seulement parce qu’il ne connaît pas la langue, l’histoire, les spécificités, etc. de ce pays, mais aussi parce qu’une telle dénonciation relève de l’intrigue impérialiste et non d’un devoir internationaliste.
Ce n’est pas celui qui jure et prête serment à l’internationalisme qui est internationaliste. Seul est internationaliste celui qui, d’une manière vraiment internationaliste, combat sa propre bourgeoisie, ses propres sociaux-chauvins, ses propres kautskystes. »
— V. Lénine
La situation en Iran, où des manifestations de masse ont pris place, a donné lieu à de nombreux débats sur la position que devrait adopter la gauche au Québec. Trois positions sont mises de l’avant par différents courants politiques, des sociaux-démocrates aux maoïstes.
Une première position, celle des sociaux-démocrates les plus modérés, consiste en un soutien aveugle aux manifestants, parfois au point de soutenir le retour de la monarchie du Chah et l’intervention américaine.
Une deuxième position, celle du « ni-nisme », revient à soutenir les manifestants et le renversement du régime, tout en affirmant être opposée à l’intervention américaine et israélienne. Optimisme ou naïveté, cette position, selon nous, a davantage à voir avec l’utopie qu’avec la réalité objective.
Une troisième position est celle du refus de soutenir un changement de régime qui sera certainement influencé par l’impérialisme américain. C’est celle d’un soutien critique à l’Iran en tant que pays résistant à l’impérialisme.
Selon nous, deux des trois positions peuvent se rallier autour d’un mot d’ordre commun.
Alors que la première position est totalement compatible avec l’impérialisme, la seconde est plus nuancée et conserve un potentiel anti-impérialiste malgré son idéalisme.
Le mot d’ordre autour duquel la gauche occidentale devrait se rallier, selon nous, est celui de la non-ingérence impérialiste en Iran. Il n’appartient pas à la gauche occidentale de soutenir ou non un mouvement social interne à la nation iranienne, surtout lorsque les sanctions imposées par notre propre impérialisme sont en partie responsables du mécontentement de la population locale. Notre tâche se situe uniquement sur le terrain où nous avons de l’influence : celui de l’opposition à l’ingérence de notre État et de l’Occident en Iran. Toute autre position de critique à l’égard de l’État iranien revient à annuler sa position anti-impérialiste initiale et, en définitive, à faire la propagande de l’impérialisme et à participer à la manufacture du consentement à l’intervention.
Notre opposition au soutien ouvert aux manifestations n’est pas une négation des problèmes internes à l’Iran, ni du droit de sa population de contester et de se battre pour le changement chez elle. C’est une position de lucidité et d’humilité. Certains militants qui criaient hier leur soutien à la résistance palestinienne crient aujourd’hui leur soutien au changement de régime en Iran : or, c’est bien ce même régime qui est l’allié principal de la résistance palestinienne dans la région, et le dernier bastion empêchant l’entité sioniste de mener son génocide à terme de manière décisive. La chute du régime, surtout si elle est pilotée par l’Occident, signe l’arrêt de mort du peuple palestinien.
Les alliés régionaux de la Palestine sont épuisés : Saddam, Kadhafi, Assad, tous sont tombés. Ne restent que les irréductibles Yéménites, eux-mêmes aux prises avec l’impérialisme qui tente de les faire tomber. Or, le Yémen n’est pas l’Iran en termes de moyens techniques, militaires et diplomatiques. Il s’agit là d’une considération que beaucoup de militants occidentaux ne semblent pas prendre en compte. C’est, selon nous, suffisant pour en arriver à la conclusion que nous devons rester neutres quant à notre soutien aux manifestations.
On nous accusera certainement de « campisme ». Qu’il en soit ainsi : les « campistes » ont vu venir les conséquences du renversement du Baas en Irak et en Syrie, de Kadhafi en Libye, et chaque fois on nous a reproché de ne pas soutenir ces « révoltes populaires », qui se sont soldées exactement comme nous l’avions prédit : un changement de régime pro-américain semant la misère et le chaos dans ces pays.
Donc, pour nous, un seul mot d’ordre : Non à l’ingérence impérialiste occidentale en Iran !