Démocratie populaire, Front populaire et Parti Communiste

Par Maxime Robert

Qu’est-ce que la démocratie populaire? Ce n’est rien d’autre que le renversement de la casse capitaliste et la prise de pouvoir de la classe ouvrière et des classes laborieuse, la transformation de la société vers le socialisme.

Yvon Dionne décrivait ainsi la démocratie populaire dans les conditions du Québec:

« Les tâches de la Révolution québécoise, la lutte contre l’impérialisme et la Réaction intérieure, exigeront l’UNITÉ de toutes les forces démocratiques dans un Front commun. Ce dont nous aurons besoin, c’est d’un GOUVERNEMENT D’UNITÉ NATIONALE.

Si le socialisme instaure une société supérieure, il représente aussi une démocratie supérieure, où le « pouvoir du peuple » reflète l’appropriation collective, publique, des moyens de production. Il est en effet illusoire de parler de démocratie, quand le peuple ne possède pas les moyens de production. La démocratie suppose l’égalité des hommes, et une égalité fondamentale est réalisée sous le socialisme au moyen de l’appropriation collective.

La démocratie socialiste est nouvelle — par son contenu, du fait de l’inexistence de la bourgeoisie, laquelle sous le capitalisme avait, en dernière instance, le contrôle de l’État; — par sa forme, du fait de l’abolition du régime parlementaire qui reflétait les contradictions inhérentes au capitalisme.

Or dans une société socialiste, où la propriété collective établit nécessairement entre les individus une interdépendance réelle, il ne peut y avoir, compte tenu de tous les facteurs, qu’un seul intérêt: celui du peuple. Cette communauté d’intérêts détermine l’existence d’un FRONT national et populaire (union de plusieurs partis), dans lequel la critique pour le bien général remplace la politicaillerie bourgeoise. Autrement dit, l’impossibilité pour les partis bourgeois de se manifester en régime socialiste est le résultat de l’élimination de la bourgeoisie elle-même, élimination qui peut se faire avec ou sans indemnisation du capital exproprié, suivant les circonstances.

Le « pouvoir du peuple » ne se mesure pas au nombre de partis politiques, mais à la participation consciente des masses laborieuses à la vie économique, sociale, politique et culturelle de la nation. Cette participation nécessite une forte décentralisation de la vie politique, pour que le plus grand nombre possible de gens gèrent les affaires publiques, de même qu’un Front populaire assez large et suffisamment lié aux problèmes du peuple. En somme, si la représentation populaire, la démocratie, est impossible sans le principe électif au suffrage universel, elle est par contre possible sans le système parlementaire.

POUR TERMINER, soulignons que « socialisme, démocratie populaire et indépendance » tenues composant en fait une seule réalité — le premier en tant que système social où le peuple est maître du pouvoir économique; le deuxième où il a réellement, en conséquence du premier, le contrôle du pouvoir politique; et le troisième, financement, en tant qu’État nouveau, libre et français, où la nation, le peuple et l’État correspondent de façon presque parfaite. » (1)

C’est une transformation de la société de cette nature que propose le Parti Communiste du Québec.

Situation nationale

Le Québec est une nation dominée par le colonialisme britannique (devenu canadien) et l’impérialisme américain depuis plusieurs siècles. Par les conquêtes sociales obtenue par les luttes de la classe ouvrière et par les secteurs plus radicaux de la petite-bourgeoisie nationaliste, le peuple québécois a réussi à sortir la tête de l’eau quant à sa condition de « cheap labor », de peuple dont on ne respectait aucunement la langue et la culture. Mais malgré tout, le Québec reste pris dans l’étau du capitalisme, qui n’a jamais arrêté sa domination sur le peuple québécois, tant dans le domaine économique, politique que culturel. Le pari de la bourgeoisie nationaliste de construire un Québec Inc. comme moyen de libération du pays s’est avéré un échec lamentable, comme le démontre le passage au camp fédéraliste du patronat québécois, son indifférence pour la question linguistique et le rachat systématique des compagnies québécoises par les Américains et les anglo-canadiens. La bourgeoisie québécoise s’est tout simplement intégrée à la bourgeoisie canadienne comme « partenaire junior ». Elle ne démontre quasiment plus aucun intérêt à devenir la classe dominante au Québec. Si la CAQ feint un nationalisme néo-duplessiste, ses simagrées autonomistes restent toujours sans-lendemain face aux refus du gouvernement fédéral à chacune de ses demandes. Il reste le PQ, qui s’est redécouvert une certaine radicalité sous la direction de Paul Saint-Pierre Plamondon, et surtout depuis sa marginalisation. Reste à voir si ces derniers comprendront que la seule classe fiable sur laquelle ils peuvent s’appuyer pour réaliser l’indépendance est la classe ouvrière et non pas la bourgeoisie « nationale ». Bien qu’il soit clair que le PQ ne sera jamais le parti des masses, il n’est pas assuré qu’il ne jouera pas un rôle progressiste dans le combat anticolonialiste, s’il continu dans la tendance qu’il a entreprise depuis peu. Chose certaine, les révolutionnaires québécois ne doivent pas cesser d’organiser la classe ouvrière de manière indépendante, dans leurs propres organisations et dans leur propre parti de classe.

Le Parti communiste du Québec ne sera peut-être pas ce parti de la classe ouvrière qui prendra le pouvoir, mais il ne se gênera pas pour agir au sein de cette classe, lutter à ses côtés, à jeter les fondements de la Révolution québécoise. Le Parti travaillera dans les milieux syndicaux, dans le mouvement étudiant, dans le mouvement national, particulièrement avec les organisations qui se sont débarrassées du nationalisme bourgeois pour mettre de l’avant un indépendantisme ouvrier, à commencer par le F.I.N. (Front pour l’Indépendance Nationale) pour éventuellement réaliser un véritable front populaire qui rallie les revendications ouvrières à la lutte de libération nationale. La classe ouvrière se doit d’être organisée avant de pouvoir prendre la direction d’une union des forces démocratiques au Québec, et c’est ce à quoi nous travaillerons.

Situation ouvrière

La récente vague de grève et de mobilisation ouvrière est porteuse d’espoir pour la construction d’un tel front populaire. La direction syndicale au Québec est bien souvent gangrenée idéologiquement par la concertation, le compromis, la tendance à l’inaction et l’attentisme, mais l’exacerbations des contradictions du système capitaliste ne pourront éternellement permettre une telle situation. La base, qui ne pourra plus subir le capitalisme sauvage en se contentant de miettes, fera éventuellement trop de pression pour que la direction continue dans la voie du compromis. L’État fantoche québécois est lui aussi incapable de suivre le rythme. En pleine inflation, alors que les mouvements populaires revendiquent un salaire minimum de 18$ de l’heure, le ministre du travail annonce l’augmentation de celui-ci à 15,25$ de l’heure, c’est-à-dire à peine 47% du salaire moyen. On peut également mentionner les investissements de l’État dans des entreprises qui supprime les emplois au nom desquels elles demandaient l’aide de celui-ci. Les masses laborieuses ne sont pas aveugles, elles se rendent compte que la classe capitaliste et son État les appauvrissent pour préserver son profit.

Les préoccupations autour de la question linguistique (2) au dernier congrès de la FTQ semblent être un point positif pour les luttes à venir. Un commentaire du président sortant Daniel Boyer est également non-négligeable:

« Plus tôt que tard, il faudrait d’ailleurs remettre à notre ordre du jour ce projet de faire du Québec un pays. Je le sais, vous allez me dire que les astres ne sont pas alignés, a-t-il lancé, avant d’être interrompus par les applaudissements des délégués.

Je le sais que les astres ne sont pas alignés, mais si on ne le fait pas, qui va le faire? Je rêve d’un Québec, mais pas n’importe quel Québec. Je rêve d’un Québec progressiste, inclusif, où les droits des travailleuses et des travailleurs vont arriver en tête de liste, a-t-il conclu. » (3)

Bien que nous dirions le pouvoir des travailleuses et des travailleurs plutôt que simplement leurs droits, c’est une déclaration qu’on ne peut qu’appuyer, et qu’on espère voir accompagnées de gestes concrets.

C’est dans ce contexte favorable que le Parti et ses alliés doivent agir. Le terrain est fertile pour lutter, faire de l’éducation populaire, former le Front populaire.

C’est au sein de ce même Front populaire que la démocratie populaire doit être brandit comme solution aux contradictions du capitalisme. Parce qu’on ne doit pas oublier que le rôle des Révolutionnaires est de faire passer les masses des revendications réformistes aux revendications révolutionnaires. La simple augmentation du salaire minimum ou l’amélioration des conditions de travail ne sauraient répondre véritablement aux problèmes du capitalisme. La solution se trouve dans la libération nationale, la prise de pouvoir par les travailleurs, la nationalisation des principaux moyens de production, la participation active des travailleurs dans leurs milieux de travail, dans l’organisation de la société. C’est ce que le Parti communiste propose dans son programme, autour duquel il tentera de rallier le plus grand nombre d’ouvrier et de militants.

Construire le Parti pour construire le Front

Pour réaliser le Front Populaire et la démocratie populaire, il faut un Parti capable de rallier autour de lui les organisations ouvrières et indépendantistes, capable de centraliser leur direction en cours de lutte.

Pour mener à bien son édification, le Parti doit élargir à la fois le nombre de ses militants et le niveau idéologique de ces derniers. Le parti ne peut pas se borner à être une large masse de personnes avec des idées sensiblement similaires ou bien à être un cercle de lecture d’une poignée d’intellectuels. Le Parti doit recruter les éléments les plus avancés de la classe ouvrière, du mouvement étudiant et du mouvement national. Les militants doivent s’armer d’une solide théorie par la lecture et la discussion et d’une pratique par les luttes dans leurs milieux respectif. Le Parti communiste doit fonctionner selon les principes du centralisme démocratique, c’est-à-dire de la liberté dans la discussion, et de l’unité dans l’action. Il doit appliquer une discipline rigoureuse dans son travail, dans l’application des décisions. Le parti doit devenir une véritable école de leaders de la classe ouvrière.

Pour faire du Parti communiste le Parti d’avant-garde du prolétariat, les militants communistes doivent êtres les éléments les plus énergiques des organisations auxquelles ils appartiennent. Ils doivent élargir leur influence au sein de celles-ci par une énergie, un niveau idéologique et une dévotion exemplaire. C’est en étant toujours en première ligne, en étant des organisateurs fermes et sérieux, qu’ils gagneront la confiance de leurs pairs et lieront le Parti aux masses de manière concrète. Le Parti et ses militants doivent mériter le titre d’avant-garde et non pas le proclamer. C’est en dénonçant le capitalisme, en proposant des solutions concrètes aux problèmes nationaux et ouvriers, en se démarquant des autres organisations par la dévotion à la lutte que le Parti sera reconnu comme la tête du mouvement pour la libération nationale-prolétarienne.


Notes:

1) « Pour une révolution totale », Yvon Dionne, Parti Pris no 1, octobre 1963.

2) https://www.lesoleil.com/2023/01/17/congres-ftq-des-besoins-en-francisation-aussi-pour-les-travailleurs-en-region-ff88f1c272447668bbdabfa1cabf4bcb

3) https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1948694/daniel-boyer-syndicat-poilievre-duhaime-parti-conservateur

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