Par Olivier Lamanque Galarneau
La volonté d’une personne et d’un peuple tire sa puissance dans les fondements profonds de leur spiritualité propre à eux. Par spiritualité j’entends ici son identité, sa couleur, son substrat et les particularismes qui composent l’être. En bref, ce caractère distinct le différencie et le rend original. Cette composante endogène du corps politique que sont les individus et les collectivités doit se matérialiser dans la réalité afin que ce sentiment de désir inexplicable et intangible se transforme en volonté de puissance d’agir. Cette mise en mouvement s’effectue dans un monde sensible et concret qui nécessite une formidable énergie pour mettre en place ses désirs, son caractère et son identité.
Ce que nous pouvons nommer comme étant le réel se compose de matière sur laquelle nous avons un contrôle dessus. Cette force tangible se définit par les membres qui sont inscrits et attachés dans cette entité objective. Cette entité peut devenir sujet, puisqu’elle est dotée d’outils et d’instruments pour agir dans le monde matériel. Pour l’humain ce sont ses bras, ses jambes, ses muscles, ses os, ses nerfs, etc. Pour un peuple ce sont ses institutions, son économie, sa politique, son État, son armée, etc. Ses membres et ses organes essentiels tracent la frontière physique avec l’altérité, ce qui lui permet de produire et d’exercer ses propres envies et son vouloir spécifique. Donc, vous avez compris qu’il est important et crucial d’avoir l’esprit et le corps pour agir sinon nous sommes inéluctablement poussés à la marginalité et à la servilité.
En ce sens, comment pouvons-nous penser un instant que des bâtisseurs remplient de formidables intentions, peuvent réellement construire des monuments, mais qu’ils n’ont pas les outils nécessaires pour les ériger ? À l’inverse, comment concrétiser des projets lorsque ces mêmes travailleurs ont l’équipement et les instruments nécessaires afin de mener à terme leurs réalisations, mais qu’ils sont dépourvus de toute imagination ?
L’un ne va pas sans l’autre. Un colosse craintif devient aussi faible qu’un chétif rempli de fougue. Dans cet exemple, les deux personnes ne sont tout simplement pas en mesure d’orienter leur vie et de résister à des forces exogènes. L’un par peur et l’autre par faiblesse. Les deux individus sont comparables à ce niveau même si leurs réalités spirituelles et physiques s’opposent. Ils en arrivent aux mêmes finalités. Ils sont incapables d’assumer le contrôle de leur propre envie et de faire respecter leurs désirs.
« Une civilisation n’est détruite par l’extérieur, que si elle est rongée, de l’intérieur »
- Kemi Seba
Notre volonté de puissance d’agir ne se calcule pas uniquement sur nos capacités qui touchent physiquement la réalité ni uniquement sur nos ambitions, mais bien sur la résultante de la composition des deux. Le spirituel ET le réel. Il faut savoir qui nous sommes afin d’agir dans le monde. Si, au contraire, nous avons le malheur d’être habités par la peur de matérialiser notre identité, nous serons ainsi condamnés à l’oisiveté et à l’immobilisme permanent. Notre capacité d’exiger vient de notre effort et de notre force d’agir sur la réalité. Nos ennemis savent très bien, même mieux que nous, ce que nous avons et ce qui nous manque. En ce sens, ils vont tout faire pour que n’ayons qu’un seul des deux moteurs de notre existence. D’ailleurs, nos adversaires seront davantage ravies que nous n’ayons plus qu’aucun des deux pour assouvir leur pouvoir sur nous.
Dans une démarche de résistance et d’autodétermination, il faut impérativement rassembler le réel et le spirituel afin de concrétiser nos rêves et nos buts. C’est aussi vrai pour un individu que pour un peuple tout entier. Si la personne n’a pas pris le temps de se découvrir, d’expérimenter la myriade d’émotions qu’un humain peut porter en lui, de sortir de sa zone de confort, de s’ancrer davantage dans ces particularités distinctes et de tâter le monde à coup d’essai et d’erreur, en ce sens, elle ne sera donc pas en mesure de connaitre sa véritable valeur. Cette personne immature qui n’a pas exploré son être se méconnaitra, s’aliénera et sera extérieur à elle-même. Cette personne exsangue de vitalité sera encline à écouter les autres, elle ne pourra pas transmettre à l’autre ses désirs puisqu’elle ne les connaitra tout simplement pas. Cette idée peut se transposer dans la vie sociale des individus comme les relations amoureuses, amicales, sexuelles et familiales. Or, nous pouvons aussi transposer cette façon de voir sur le plan politique d’un peuple.
Une collectivité ignorant tout de son passé, de son histoire, de sa culture marquée par le paysage, de territoire, de ses mœurs originales et de ses traditions distinctes, ne pourra pas faire face à l’avenir avec assurance. Des gens qui ont peur et se méfient des habitants de leur propre pays, qui est en admiration constante avec l’extérieur et qui se néglige, n’a malheureusement que le seul souhait d’effacer toutes traces de son existence pour se fondre dans une masse incolore. Ce peuple dépend de l’autre tel un individu s’ignorant dépendra toujours de celui qui a la capacité physique et mentale de le guider. Ce vide qui habite le servile et les masses aliénées sera rempli par des forces aux intérêts contraires à eux. Donc, il faut pouvoir s’examiner, s’expérimenter, se connaitre pour pouvoir s’aimer et se respecter. C’est par la connaissance de sois que nous pouvons nourrir notre âme et notre esprit et s’afficher tel que nous sommes sans avoir la peur de déplaire à l’autre. C’est en cela que j’en appelle à la maturité de l’esprit et à l’affirmation de soi. Sachez-le, nous devenons notre seul baromètre lorsque les propos des autres ne sont pour nous qu’un bruit de fond lointain !
Or, ce côté spirituel ne peut guère flotter seul sans enracinement et sans se métaboliser dans un corps politique agissant sur le monde. L’objectif de l’esprit est de transformer le monde matériel qui l’entoure en agissant sur ce dernier. Il est beau et noble de s’affirmer en disant haut et fort notre identité et notre volonté, mais aussi longtemps que nous n’avons pas d’organes et de membres actifs qui déplacent la réalité, alors nos revendications ne seront que de pures rêveries et des fantaisies irréalisables. Certes, il est merveilleux et honorable de crier « NON » à la personne qui veut nous manipuler, abuser de notre vulnérabilité et nous manquer de respect afin d’arriver à ses propres buts. Or, si nous n’avons pas la force physique et le cran de la repousser, que notre refus ne se concrétise pas, que nous ne la repoussons pas avec la force de nos mains, de nos bras et de nos pieds, il sera donc vain de refuser verbalement. Cet ennemi sera repoussé uniquement si nous refusons clairement toutes entraves à nos désirs par la force spirituelle et physique. D’ailleurs, la connaissance de soi apporte nécessairement l’affirmation de soi. Donc, si nous ne sommes pas affirmatifs dans ce que nous portons comme exigences et que nous ne mettons pas un « OUI » absolu ou un « NON » absolu, il y aura toujours un potentiel à ce que l’autre abuse de nous puisqu’il y verra une brèche et une opportunité d’arriver à ses fins. Je me connais, je refuse et je vais te montrer mon refus.
Les collectivités nationales doivent aussi se constituer de membres et d’organes qui les encrent dans la réalité afin de repousser tout pouvoir étranger qui les emmènent dans une direction qu’elles rejettent. Les peuples peuvent crier le plus fort qu’ils peuvent pour afficher leur désapprobation des projets voulues par le pays étranger, mais s’ils n’ont pas les coercitions nécessaires, leurs cris se perdront dans le silence complice de la foule des pays impérialistes.
Alors j’en appelle à tous les individus et les peuples. Sachez que vous êtes légitime de vivre comme vous le faites. Vous êtes les mieux placer pour vous connaitre et de mettre en votre disposition des mécanismes afin d’agir selon votre volonté. On va toujours essayer d’abuser de vous, de vous mettre de la pression et de vous faire plier à leurs caprices. On va vous déraciner, vous distancer de vous-même, vous isoler et vous faire oublier votre identité.
Ces ennemis vont vous faire normaliser et intérioriser des comportements qui vous nuiront. Ils vont tout faire pour vous déshumaniser, vous traiter de sauvage, d’hystérique, d’irréfléchie et d’immature. En adoptant une posture droite, ferme, assumée, affirmée et en matérialisant votre volonté, cet ennemi n’aura d’autres choix que de rebrousser le chemin. Certes, ce ne sera pas facile, ce sera difficile et harassant, mais défendre son identité et sa soif de liberté apportera une joie immense et un énorme soulagement puisque c’est de l’amour propre que vous vous êtes donné. Et personne ne viendra vous la retirer. Protégeons nos différences et agissons pour le faire.
La patrie ou la mort
Nous vaincrons !