Où sont les figures patriotiques du prolétariat?

Lorsqu’on regarde toutes les figures patriotiques généralement admises par le mouvement indépendantiste québécois, on fait rapidement le constat qu’il s’agit d’abord et avant tout de petit-bourgeois. Sans surprise, puisque le mouvement est depuis toujours piloté par la petite-bourgeoisie nationaliste, aujourd’hui rejointe par une fraction de la bourgeoisie nationale. La petite-bourgeoisie indépendantiste fait donc la promotion des héros à son image, pour faire passer ses intérêts de classe. Le prolétariat québécois se retrouve donc sans héros qui lui sont propres. Mais ne désespérons pas, ils existent bel et bien.

S’il est un point commun entre la petite-bourgeoisie indépendantiste et les colonialistes canadiens, c’est bien celui d’occulter les héros qui ont combattu à la fois pour l’indépendance et la classe ouvrière québécoise. À commencer par Médéric Lanctôt, qui à l’aube de la Confédération, réclamait l’indépendance du Québec et l’émancipation de la classe ouvrière ( voir « Médéric Lanctôt: biographie d’un socialiste républicain québécois » ). On pourrait invoquer pour excuse qu’un tel personnage fut anecdotique, mais c’est faux. Lanctôt était extrêmement actif à son époque, se mesurant à George-Étienne Cartier lors d’élections. En 1867, il fait défiler presque 10 000 ouvriers arborant le drapeau tricolore des Patriotes de 1837-1838. C’est une figure majeure de l’histoire ouvrière québécoise, qui est effacée volontairement pour laisser la place aux héros imposés par les nationalistes bourgeois. À Médéric Lanctôt on oppose des réformistes libéraux en tout genre. L’important, c’est que ces personnages cadrent avec les intérêts de classe de ceux qui mènent le mouvement indépendantiste.

C’est un phénomène qui s’applique aussi au FLQ par exemple. Dès son apparition, les proto-péquistes se sont empressés de le condamner. Une tradition qui fut entretenue par la suite, condamnant le FLQ au statut d’ « extrémistes » qui auraient nui au mouvement. Des hommes comme Paul Rose, Francis Simard, François Schirm, François Bachand, qui étaient prêt à risquer leur vie pour le peuple québécois, sont regardés avec honte. Eux qui ont subit les coups de matraque, la répression et la prison pour le Québec, ils sont traités comme de vulgaires bandits. Sachez-le, leur plus grand crime fut d’avoir mené leur combat pour la classe ouvrière plutôt que pour la bourgeoisie nationale.

Les nationalistes bourgeois ont discrètement tenté de semi-récupérer/d’absoudre les frères Rose avec le 50e anniversaire de la crise d’Octobre, quoi qu’en mettant surtout l’accent sur les mesures de guerres proclamées par Ottawa en 1970. Bref, une manœuvre timide et malhabile.

On peut se réjouir du renouveau de l’intérêt que porte la jeunesse indépendantiste au FLQ et à leurs idées progressistes. Tout un travail est à faire pour redonner à la classe ouvrière ses héros légitimes. C’est le devoir des socialistes de creuser leur histoire pour trouver de telles figures, car on ne peut éternellement se référer à des héros étrangers, dans lesquels les travailleurs québécois peuvent difficilement se reconnaître.

Cette situation du mouvement indépendantiste explique probablement aussi (du moins en partie) son impuissance. Si l’on fait une comparaison avec l’Irlande par exemple, on se rend vite compte que l’une de leurs plus grandes références est James Connolly, un socialiste. C’est simplement parce que dès le début du XXe siècle, les socialistes se sont imposés dans le mouvement d’indépendance et n’ont pas laissé le gouvernail à la bourgeoisie irlandaise. En a donc résulté un mouvement majoritairement mené par la classe ouvrière, extrêmement combatif et constant. Chez les Irlandais, les membres de l’IRA ou bien de l’INLA, contrairement au FLQ au Québec, sont vus comme des patriotes, les héritiers de Theobald Wolfe Tone. Seul un mouvement mené par la classe ouvrière en opposition totale avec le capitalisme et l’impérialisme pourra émanciper le peuple québécois. La bourgeoisie nationale, jalouse des grandes multinationales tout en voulant être la classe dominante au Québec, est impuissante de par ses propres contradictions. La seule classe qui soit véritablement nationale, à notre époque, est la classe ouvrière. Célébrons les héros du prolétariat québécois, et menons le combat jusqu’à la victoire finale!


Maxime Robert

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