GRÈVE HISTORIQUE EN COURS CHEZ SAMSUNG EN RÉPUBLIQUE DE CORÉE

National Samsung Electronics Union (NSEU), qui représente environ 30 000 travailleurs (presque le quart des employés de Samsung), a déclenché le 10 juin dernier la première grève illimitée des employés Samsung Electronics. Devant au départ ne durer que 3 jours, elle a débuté le 8 et a été prolongée en réaction au manque de bonne foi de l’employeur dans les négociations. Il s’agit de la première grève de la sorte en 55 ans, depuis la fondation du groupe Samsung.

La grève a été déclenchée suite à des négociations infructueuses entre l’employeur et le syndicat depuis plusieurs mois. En juin dernier, un nombre important de travailleurs de Samsung Electronics ont collectivement utilisé leurs congés pour un débrayage d’une journée, une première dans l’histoire de l’entreprise.

Les négociations achoppent principalement sur les augmentations salariales, les bonis de performance et les conditions de travail. Les travailleurs exigent notamment 3.5% d’augmentation de leur salaire de base et l’ajout d’un jour de congé payé par an pour marquer l’anniversaire de leur syndicat (fondé en 2020). Samsung a précédemment offert 3% d’augmentation (offre retirée depuis), mais les travailleurs tiennent au 0.5% additionnel pour pallier à la hausse du coût de la vie. Les demandes incluent aussi davantage d’égalité dans l’attribution des bonis entre les travailleurs de production et les cadres.

NSEU, le plus grand des cinq syndicats représentant les employés du groupe Samsung, a affirmé qu’environ 6500 travailleurs avaient participé à la grève jusqu’à présent et a appelé à davantage de ses membres à les rejoindre. Une démonstration publique sous la pluie lundi le 8 juin a réuni 3000 travailleurs.

Dans un communiqué, le conglomérat a affirmé que « Samsung Electronics va s’assurer qu’il n’y ait aucune disruption sur les lignes de production. La compagnie reste engagée dans des négociations de bonne foi avec le syndicat. » NSEU rétorque que « la compagnie n’a aucune intention de s’engager dans un dialogue même après la première grève, ainsi nous déclarons une seconde grève générale débutant le 10 juillet, pour une durée indéfinie. »

Dans une allocation en direct sur YouTube, Lee Hyun-kuk, vice-président du syndicat, a dit « C’est le moment où nous avons besoin du pouvoir et de l’aide de nos confrères membres des syndicats. […] En réalité, notre objectif est de stopper les lignes [de production de micropuces]. »

Dans un autre communiqué, NSEU déclare que la compagnie « va regretter sa décision » de ne pas se présenter à la table de négociation. « Plus longtemps la grève dure, plus il devient probable que la direction va s’agenouiller et accepter un véritable dialogue. » Ils disent aussi avoir « confiance en leur victoire. »

À la fin d’avril, Samsung annonçait avoir presque décuplé (10x d’augmentation) ses profits d’opération au premier trimestre, à 6.61 trillions de won (4.85 milliards USD). Ils ont expliqué cette hausse vertigineuse par les fortes ventes de leur modèle phare de téléphone intelligent, le Galaxy S24, et la hausse des prix de leurs semi-conducteurs. Plus récemment, Samsung a aussi annoncé prévoir multiplier ses profits du second trimestre par 15 par rapport à l’an dernier. Un boom dans les technologies de l’intelligence artificielle a fait hausser les prix de ses micropuces, tirant les prévisions de profit à la hausse pour le conglomérat.

Connue pour ses positions farouchement anti-syndicales, Samsung a notamment interdit jusqu’en 2020 (soit pendant les cinq premières décennies de son existence) à ses employés d’être représentés par quelque association que ce soit. Les organisateurs syndicaux étaient surveillés, intimidés et menacés par l’entreprise avant d’être renvoyés. Leurs problèmes personnels (conjugaux ou financiers) étaient souvent rendus public pour leur nuire. Ces pratiques semblent s’être estompées depuis 2020, quand le président de Samsung, Lee Jae-yong (petit-fils du fondateur du groupe), a subi un procès très médiatisé pour manipulation de marché et corruption. Une portion significative des travailleurs de Samsung sont aujourd’hui affiliés à un syndicat.

Tout cela se déroule dans le contexte socio-économique très difficile de la République de Corée, où le coût de la vie est en hausse fulgurante, où les conditions de travail sont difficiles et où les perspectives d’avenir sont peu prometteuses, entre autres à cause du fort taux de chômage chez les jeunes. Les institutions sud-coréennes protègent peu leurs travailleurs. À noter qu’en parallèle, des milliers d’internes et de résidents médicaux sud-coréens sont en grève depuis février, protestant contre un plan gouvernemental prévoyant hausser significativement le coût des admissions aux écoles de médecine.

Pour en lire davantage sur l’anti-syndicalisme de Samsung : https://web.archive.org/web/20190627140032/http://english.hani.co.kr/arti/english_edition/e_international/899427.html

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