Quand l’anticommunisme finit par complètement obscurcir le jugement de Frédéric Bastien

Par André Parizeau

Je voudrais, ici, réagir à cet article de Frédéric Bastien, dans le Journal de Montréal et de Québec, où l’auteur tire littéralement à boulets rouges contre Norman Bethune, tellement qu’on serait en droit de se demander quelle mouche aurait bien pu le piquer, car, par bouts, cela ressemble presque à une sorte de délire (1).

À croire ce monsieur Bastien, Norman Bethune serait tout sauf un humaniste et une personne profondément préoccupée de justice. Oubliez aussi qu’il fut un des précurseurs de ce qui allait devenir éventuellement notre système d’assurance-maladie. Oubliez aussi son dévouement quasi sans limite pour combattre toutes les maladies, en tous genres, ainsi que le fait qu’il ne chargeait jamais pour ses services, en tant que médecin, si c’était en même temps pour soigner les gens sans le sou. Tout cela, à croire Frédéric Bastien, ne serait que de la vulgaire propagande. Tous les films et les livres écrits sur Bethune, généralement très élogieux face à cet homme et parlant justement de tout cela, ne seraient, tout autant que de la vulgaire propagande, faite par des gens qui auraient eux-mêmes été manipulés par les « méchants » communistes. On a décidemment encore bien plus d’influence qu’on pouvait nous-mêmes le penser.

Oui, mais pourquoi vouloir s’attaquer ainsi à quelqu’un qui serait en même temps mort depuis plus de 80 ans ? Y-a-t-il une raison ?

Oui, de répondre Frédéric Bastien, parce qu’à son point de vue il serait profondément injuste que des statues, comme celles de l’ex-premier ministre du Canada, John A. Macdonald, aient pu être déboulonnées, au cours des dernières années, mais que celle de Norman Bethune, en plein coeur du centre-ville de Montréal, donné de surcroît par des Chinois — O, sacrilège, s’il en fut — n’aurait jamais été en même temps débarqué de son socle, ni même attaquée d’une quelconque manière et pourrait donc encore être vue par quiconque passerait par là. Tout simplement affreux, de dire à mots couverts ce supposé grand historien.

Oubliez une minute toute la polémique, toujours non réglée, entourant toute la question de savoir si ce serait toujours correct de s’attaquer ainsi à des statues, nonobstant ce qu’on peut penser des gens que ces mêmes statues sont supposées honorer. Peut-être un jour, que je reviendrais en même temps sur le sujet, qui n’est pas non plus sans intérêt. Oubliez aussi l’absence apparente de toute rigueur intellectuelle — de la part d’un historien, cela fait en même temps assez dur — quand monsieur Bastien finit par mettre sur un pied d’égalité à la fois John A, Macdonald et Norman Bethune, parce que cela aussi, il fallait le faire. Moi, j’aimerais surtout vous parler d’autre chose, qui vient en même temps s’ajouter à tout le reste et c’est l’impact finalement assez pernicieux que peut avoir en même temps l’anticommunisme, lorsque poussé jusqu’à l’extrême, comme dans le cas de ce monsieur Bastien.

Nul doute que vous aurez remarqué, si vous avez lu ce texte de Frédéric Bastien, paru il y a à peine quelques jours, que nulle part, dans celui-ci, il ne daigne donner la moindre référence ou source par rapport à tout ce qu’il affirme. Et pour cause, parce qu’il aurait sans doute eu bien des misères à pouvoir en même temps justifier toutes ses élucubrations, s’il l’avait fait et sans doute aussi que cela aurait aussi contribué à démontrer jusqu’à quel point tout ce qu’il affirme resterait des plus discutables, en même temps que cela aurait, fort probablement aussi contribué à démontrer les « accointances » de cet individu. Mais j’irai, pour ma part, encore plus loin.

Oubliez une minute aussi le fait que Norman Bethune était, en même temps, un communiste, ce qui était effectivement vrai; ces très grandes qualités n’étaient pas juste reconnues de manière très large, dans la plupart des milieux de gauche, mais étaient en fait également soutenues, de manière toute aussi large, au sein de milieux qui ne sont en même temps pas vraiment reconnus pour leurs affiliation de gauche. Un exemple ?

La direction de l’hôpital du Sacré-Coeur, dans le nord de Montréal, où Bethune oeuvra incidemment pendant plusieurs années aussi, tellement que la bibliothèque de l’hôpital porte en même temps son nom et cela inclut également toute une section où on voir toutes sortes d’artefacts provenant de lui; en fait, même du temps où l’Église catholique jouait encore un rôle important dans la gestion de cet hôpital, cette bibliothèque et l’hommage fait à Norman Bethune existait déjà. Vous ne me croyez pas ? Allez faire un tour du côté du site Internet de l’hôpital, ainsi que de sa fondation.

À noter aussi, c’est en même temps à l’hôpital Sacré-Coeur que fut créé le tour premier service de chirurgie thoracique, au Canada, fonctionnant en français, et c’est nul autre que Norman Bethune qui le mit sur pied; cela se passait en 1933, soit bien avant qu’il ne parte pour l’Espagne, puis pour la Chine. Mais là encore, tout cela ne compterait pas vraiment aux yeux de Frédéric Bastien.

Est-ce que cela aurait pu, en même temps, être le signe d’une personne principalement imbue de tous les régimes les plus sanguinaires, comme le prétend Frédéric Bastien ? Je ne croirais pas.

En fait, je ne connais qu’un seul endroit d’où pareille charge contre Norman Bethune aurait pu venir et c’est la fameuse secte religieuse d’extrême-droite Falun Gong, qui pour ceux que cela intéresserait n’est plus basé en Chine, mais bien aux États-Unis, et qui serait notamment propriétaire de la troupe de danse Shen Yun, qui présentait en même temps, il n’y a pas si longtemps encore (ou peut-être le font-ils encore) un spectacle à la Place des Arts, à Montréal.

Si vous ne savez toujours pas de quoi je parle, je vous encouragerais à aller consulter l’enquête en profondeur que le réseau de télévision NBC, aux États-Unis toujours, fit sur cette secte. J’ose en même temps espérer que personne n’osera prétendre ensuite que le réseau de télévision NBC ne serait, au fond, et une fois encore, qu’un « ramassis » de « méchants » communistes, en mal de toujours faire valoir leur « sale » propagande. Ce que révèle le réseau NBC est littéralement à dresser les cheveux sur la tête. Allez faire un tour de ce côté là et vous serez vous-mêmes à même de vous faire votre propre idée.

Ce que nous apprend l’enquète menée par le réseau de télévision NBC — elle fut menée en 2019, mais garderait encore toute son actualité aujourd’hui, d’autant qu’il a clairement encore bien des gens qui semblent toujours se faire berner par une telle secte, tout en reprenant aussi à leur propre compte toutes leurs faussetés — est le fait qu’il y aurait en même temps de nombreux liens entre cette secte et plusieurs des groupes complotistes, du genre de  » QAnon « , toujours très actifs aux États-Unis, et également toujours très proches de l’ex-président américain, Donald Trump. Toute une référence en même temps pour Frédéric Bastien…

L’an dernier, alors que cette secte tentait également, ici même, de partir un journal de nouvelles sur la Chine, pour répéter le même type de sornettes que Frédéric Bastien, et qui avait également commencé à être distribué gratuitement (!!!) dans les boites à lettres des gens, dans plusieurs régions du Québec — un processus relativement couteux, faut-il aussi souligner –, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) avait assez rapidement dénoncé le tout comme étant une tentative de manipulation dont on devrait se méfier.

Pour être tout à fait honnête, pareille charge aurait également pu venir d’une organisation nommée le « Congrès mondial Ouighour », dont les origines n’en sont pas moins des plus problématiques, parce qu’également très liées avec les mouvances d’extrême-droite, ainsi que les milieux plus liés avec des nébuleuses comme Al Qaeda ou État Islamique. Vous ne connaissez pas non plus ? Je vous recommanderais alors d’aller consulter le site américain de journalisme d’enquête, intitulé « The Gray Zone ». Cela devrait également vous aider à vous informer sur cette autre organisation.

En complément d’informations, vous pourriez également consulter cet autre article, issu cette fois du site du PCQ.

Peut-être également que ce monsieur Bastien se serait plus fié à des gens comme Adrian Zenz, un autre pseudo-scientifique, qui vient en fait de l’ultra-droite religieuse, qui serait supposément plus crédible que bien d’autres, parce qu’en même temps toujours très proche du gouvernement américain, mais qui s’adonne en même temps à être une des sources préférées des 2 autres organisations mentionnées plus haut, en même temps que lui, finit aussi tout aussi souvent par les citer.

C’est finalement comme donnant, donnant, ou encore le fameux slogan des saucisses « Highgrade », voulant que de plus en plus de gens en mangeraient, « parce qu’elles seraient plus fraîches », et que celles-ci seraient en même temps de plus en plus fraiches, parce que « de plus en plus de gens en mangeraient ».

Tout cela n’est pas non plus sans faire penser à tous ces mensonges, toujours propagés au sein de certains milieux, proches de la communauté anglophone, au Québec, voulant que les lois québécoises brimeraient de plus en plus les droits les plus fondamentaux de cette même communauté, telle la nouvelle loi 96, alors que s’il y a quelque chose encore très claire, c’est bien le fait que la minorité anglophone, au Québec, loin d’être aussi ostracisée, d’une quelconque manière, continue toujours d’être très privilégiée.

Peut-être que des gens, comme Frédéric Bastien, se fieraient en même temps plus aussi à d’autres sources, tel le fameux « Livre noir du communisme » — on ne peut, encore une fois, que se perdre finalement en conjonctures, puisque ce monsieur Bastien ne dit toujours rien de ses propres sources — et/ou des gens comme Maxime Bernier, du Parti Populaire du Canada (PPC), également très connus pour leur propre anticommunisme, des plus virulents. Sait-on jamais ?

Même si Maxime Bernier se dit fédéraliste et que Frédéric Bastien, lui, se dit toujours souverainiste et que, incidemment, tous restent tout autant généralement assez vagues sur leurs sources, n’oublions pas, du même souffle, que durant les fameux blocages, devant le Parlement fédéral, à Ottawa, l’an dernier, actions qui étaient en même temps appuyées par à la fois Maxime Bernier et son parti, le PPC, de même que toutes sortes d’autres zélotes de l’extrême-droite canadienne-anglais, mais aussi par toutes sortes d’autres « perdus », tels le fameux mouvement des « Farfadaas », les drapeaux du Canada et des Patriotes de 1837-38 se côtoyaient très souvent. Comme quoi aussi, il n’y aurait pas juste que Frédéric Bastien qui pourraient toujours être très mélangés …

Maxime Bernier et son parti, le PPC, sont également ceux-là même par qui partirent les toutes premières attaques contre moi, alors que je me présentais comme candidat du Bloc Québécois, lors des élections fédérales de 2019. Certains s’en souviendront. Ils n’hésitèrent pas, alors que j’étais en même temps encore chef du Parti communiste du Québec, à me déclarer comme devant être tenu moralement responsable de la mort de quelques 100 millions de personnes à travers le monde. Rien que cela. Cette accusation sortait en même temps tout droit du livre noir sur le communisme, que je mentionnais plus haut.

Ce qui me frappe, qui plus est, réside dans le fait que dès le début de son texte, Frédéric Bastien trouve le moyen de faire, d’un simple point de vue factuel, une grossière erreur. Une fois de plus, il fallait le faire. Je me réfère ici à cette affirmation, incluse au tout début de son article, où il affirme que la Longue Marche, amorcée par les troupes communistes, dirigée par Mao, au début des années 30, seraient partie d’une région située tout à l’Est de Beijing, soit donc plus dans la partie nord de la Chine. En fait, c’est le contraire, puisque la fameuse région de Shaanxi, dont il se réfère et d’où serait partie la Longue Marche, est en fait située, bien plus au Sud de la Chine. D’où l’idée aussi de parler en fait de la « Longue Marche », parce qu’elle fut en même temps particulièrement longue, puisqu’elle traversa une bonne partie de la Chine, en fait.

Frédéric Bastien passe également beaucoup de temps à dénoncer tous les gens qui seraient morts, « torturés », puis « assassinés », sous les ordre de Mao, mais ne dit mot du fait que si la Longue Marche fut enclenchée, c’est parce que toute la région du Shaanxi, d’où ils partirent, avait été encerclée par près d’un million de soldats appartenant à l’armée de Tchang Kaï-chek et que si de nombreux Chinois, membre des forces révolutionnaires, dirigées par Mao, moururent effectivement durant cette Longue Marche, qui dura incidemment près de 5 ans, soit un grand total de 90,000 hommes sur les 120,000 que cette armée comportaient au début, ce furent sous les balles de cette même armée de Tchang Kaï-chek qui les pourchassaient et cherchait par tous les moyens à les anéantir une fois pour toutes.Ce que Frédéric Bastien ne saurait expliquer, en même temps, est comment les soi-disant très « méchants » communistes, dirigés toujours par Mao, purent ensuite et ultimement prendre le pouvoir complet en Chine, pendant que Tchang Kaï-chek, lui, était forcé d’aller se réfugier sur l’Île de Taiwan, pour ne pas être totalement battu.

Ce que ne mentionne pas non plus Frédéric Bastien est pourquoi Norman Bethune, serait parti pour la Chine, toujours durant cette fameuse « Grande Marche », pas plus qu’il ne souligne aussi quel fut son principal rôle, une fois rendu là-bas, soit le fait de sauver des soldats blessés, en même temps que de former un grand nombre de médecins au sein même de cette même armée de Mao. Encore aujourd’hui, tout au moins en Chine, Norman Bethune demeure l’incarnation du concept de « servir le peuple ».

À croire en même temps que Frédéric Bastien ne comprend pas plus ce même concept.

Pour expliquer pareille divagation de la part de Frédéric Bastien, peut-être aussi qu’il faudrait remonter jusqu’au temps de Trudeau père, puisque Frédéric Bastien s’est toujours dit farouchement opposé à ce dernier et que Trudeau père s’était toujours montré pas mal plus ouvert, face à la Chine de Mao, que le furent longtemps les États-Unis, même chose aussi pour Cuba, incidemment. Peut-être en aura-t-il conclu que puisque Trudeau père s’était montré plus conciliant face à la Chine, alors lui devrait faire exactement le contraire. Qui sait, dans le fond ? Le tout lève à peu près aussi haut que ceux qui peuvent également dire et répéter que les « ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Autre belle logique, s’il en fut une !

Remarquez que pour revenir encore une fois à 2019, ainsi qu’à ce que Maxime Bernier pourrait encore penser à ce niveau, que quelqu’un comme Yves-François Blanchet, soit celui qui est toujours le chef du Bloc Québécois, n’avait pas hésité, non plus, à ce moment-là, à reprendre à son propre compte exactement les mêmes accusations de Maxime Bernier contre moi, et ce, toujours très publiquement, et ce également, même si j’avais pourtant joué, pour ma part, juste avant, un rôle de premier plan pour justement sauver le parti qu’il dirige toujours, et ce d’une mort quasi certaine, des suites de la terrible crise qui l’avait en même temps traversé l’année d’avant.

Comme quoi les attaques les plus dures ne viennent pas toujours d’où on aurait pu penser qu’elles pourraient partir.

Qui plus est, on pourrait également souligner le fait que les Conservateurs de Pierre Poilievre, tout au moins leur député Pierre-Paul Hus, dans la grande région de Québec, seraient tout autant des plus sympathiques à la secte Falun Gong, dont je parlais plus haut. Ne vous surprenez pas ensuite s’ils soient toujours aussi virulents dans leurs propres attaques contre la Chine. Comme quoi probablement aussi que tout ce qui se ressemble, finit souvent par s’assembler aussi. Peut-être que cela aura, en bout de ligne, tout autant fini par influencer également notre « cher » Frédéric Bastien.(2)

Ce que vient de faire Frédéric Bastien, pour essayer de dénaturer l’image de Norman Bethune, mérite certainement d’être dénoncé haut et fort, mais ne me surprend pas vraiment, en même temps, de la part de quelqu’un comme lui.

Ce dernier n’hésite pas, encore aujourd’hui, à se présenter comme un des plus grands défenseurs de la nation québécoise et du fait français, de même que du nécessaire combat à mener contre toute forme d’oppression. Il continue également à se draper derrière son propre passé d’historien.

Mais il y a seulement quelques mois, il m’avait déjà fait sursauter — et ce, pas à peu près –, en écrivant un autre papier, portant cette fois plus sur « l’affaire Gouzenko », qui allait en fait être le point de départ de la fameuse guerre froide, pas juste ici, mais en fait un peu partout aussi, aux États-Unis, de même que dans plusieurs autres pays dans le monde, — on était alors en 1946 –, où on pouvait notamment lire, sous sa plume, que si Gouzenko avait fini par faire défection au profit du Canada, pour ensuite acquiescer à tout ce que les services secrets canadiens avaient pu lui faire dire, c’était parce que ce pays paraissait si bien à cet homme. Comme si le Canada était vraiment un si « beau » pays … Dire cela, quand on est en même temps indépendantiste, il fallait aussi le faire. (3)

Pour ceux et celles qui, trop jeunes, ne sauraient pas qui ce Gouzenko était, disons simplement qu’il était, non pas un diplomate, comme le laissait également entendre Frédéric Bastien, dans cet autre texte, mais un simple employé de l’ambassade soviétique, à Ottawa, assigné aux cryptage des messages à renvoyer en URSS. Rappelons, une fois encore, qu’on était alors en 1946.

Ce que tout cela tend en même temps à démontrer, c’est combien l’anti-communisme, si cher à certains, peut en même temps finir par complètement obscurcir la vision de ceux et celles qui en font la promotion, tout en les amenant à finalement dire à peu près n’importe quoi, quand bien même que cela n’aurait plus aucun rapport avec ce qui a pu se passer. Quand cela finit par toucher aussi un historien, comme Frédéric Bastien, cela ne peut en même temps qu’être doublement, sinon triplement, désolant.

Force est de constater également que le fait de se dire indépendantiste ne vous met pas plus à l’abri de cette « maladie ».


Notes et références:

1) : Ci-joint un lien vers cet article, signé par Frédéric Bastien.

(2) : Voir, à ce propos, cet autre article, cette fois signé par André Parizeau et qui et qui était mis en ligne en décembre 2020.

(3) : Ci-joint un lien vers cet autre article, signé par Frédéric Bastien et qui se voulait tout aussi  » objectif « , par rapport, cette fois, à la fameuse Affaire Gouzenko

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