Les enracinés

Les enracinées dans un peuple, dans une nation, dans une culture, dans des coutumes, résistent à la mondialisation en refusant de se dire « Citoyen du monde » et « Cosmopolite ». Accepter ces termes et la mondialisation c’est contribuer à mener ses frères et sœurs au suicide culturel qui nous guette à chaque instant. Au fil du temps, nous devenons des déracinés qui aimons les États postnationaux et qui ont intérêt à ce que nous ne connaissions plus où nous habitons. Nous avons plus d’intérêt à aimer l’étranger, à méconnaitre notre peuple et l’on se vautre à idolâtrer la marchandise extérieure plutôt qu’à interagir avec notre territoire, nos citoyens et nos citoyennes, avec nos économies de proximités et connaitre concrètement notre histoire. On dilapide notre héritage en méprisant nos aînés, en les ignorant, en détruisant nos églises, nos lieux de mémoires ce qui fait en sorte qu’on en a plus. Ainsi, notre devise devient la plus ironique de toutes. Alors, comment résister à ce fléau qui gangrène et pourrit nos existences en nous dépossédant de nos décisions politiques, économiques et sociales ? 

Il faut comprendre que les défenseurs et les promoteurs du mondialisme que sont les politiciens, les capitalistes et leurs chiens de garde qui sont les médias ont intérêt à ce que nous soyons déracinés de l’endroit où nous habitons. Pour que ce déracinement puisse s’effectuer, il faut de la flexibilité, de la haine de sois et de l’amour pour l’autre. D’abord, ils nous veulent flexibles. Plus on est flexible et détaché spirituellement, psychologiquement et physiquement de qui nous sommes et d’où nous vivons, plus nous sommes vulnérables au pillage de nos ressources par l’impérialisme occidental ou asiatique. Ils vont dans les pays complices et valet de l’impérialisme qui leur ouvre grand leurs bras pour prendre les ressources naturelles, nos terres, notre eau et bâtir leur propriété où nous, les natifs, allons travailler pour eux. Nous travaillons et consommons pour eux. Nous savons que le Nord québécois se fait vider de matière première par ces compagnies étrangères qui polluent nos cours d’eau, qui rasent nos forêts et dont les matières extraites sont envoyées dans des pays en développement pour les transformer. Nous savons que nous consommons pour des compagnies étrangères et multinationales qui refont les mêmes procédures ailleurs dans le monde comme en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Nous savons que nous travaillons pour cette bourgeoisie complice avec notre chère oligarchie qui les laisse s’installer avec confort, compensation et dédommagement sur nos terres avec notre argent. Même les secteurs publics comme Hydro-Québec qui ne nous a jamais appartenu et dont nous n’avons aucun contrôle sur ce monopole de l’État libéral fait partie de la même caste. La flexibilité permet à nos frères et nos sœurs de quitter le pays pour travailler ailleurs, faire leur touriste, visiter des contrés éloignés et développer une pitié colonisatrice où l’Occident doit absolument intervenir pour aider ces pauvres « arriérés », tout en se consolant que c’est moins pire au Canada et qui les mène au statu quo.

« De jeunes hipsters bohèmes avec un iPhone et qui se disent altermondialiste et progressiste qui utilisent des économies de partages cotées en bourse à plusieurs milliards comme UberX ou Airbnb. Ça se dit écolo en prenant Easyjet, des avions à prix modique pour sauver du temps entre Madrid et Barcelone. Ils admirent l’autonomie des zapatistes au Mexique, mais sont contre l’indépendance du Québec. Ils veulent tous voir l’Asie du Sud Est, mais ils ne sont jamais allés en Abitibi. Ça se ramène des souvenirs africains du Costa Rica. Et grâce à leur belle ouverture sur le monde ils ont pu polluer la baie d’Along, piétiner l’île de Komodo, souiller les Kilimandjaro, chier une taque dans l’Amazonie, décalisser la grande barrière de corail les pis faire du yoga avec des orphelins srilankais atteints de paludisme, parce que tout ça, ça les aides dans leur cheminement intérieur. « Moi-là j’avais besoin de faire tout ça pour faire le chemin le plus long à faire dans une vie : d’ici (en pointant son cœur) à mon p’tit criss de nombril. Faque j’ai tout quitté les projets politiques et collectifs du Québec pour partir seul et faire le tour du monde. Pis quand j’aurais fini mon trip de jeunesse, je vais revenir au Québec, m’acheter une maison en banlieue, un BBQ, une piscine hors terre pis voter pour la CAQ  »».[1]

En deuxième lieu, l’ignorance de sa terre et de son peuple est un moyen efficace pour manipuler les gens et les lancer dans une direction futile afin que l’oligarchie s’occupe du territoire, des matières, des ressources et des gens qui s’y trouvent. Une fois dépourvue de connaissance et de connexion avec ce qui nous compose, alors pourquoi continuer à défendre une terre qu’on ne connait pas et que, par le fait même, qu’on n’aime pas ? Cette méconnaissance de soi est accompagnée de l’amour d’un Autre imaginé et embelli qui nous pousse constamment à aller voir ailleurs tout en dénigrant son propre peuple.

Pourquoi alors résister à cette colonisation politique, économique et culturelle ? Tout simplement parce que nous sommes plus que de simples individus voguant sur de l’asphalte en piètre état, allant de notre demeure au travail en passant par le centre commercial. Nous sommes des enracinés qui refusons d’être traités en faux citoyen qui n’a aucune histoire et aucune connexion avec ce qui nous entoure. 

L’enracinement est un moyen concret de refuser l’homogénéisation des peuples et notre exploitation par des forces extérieures. L’enracinement n’appartient pas uniquement aux camps conservateurs ou d’extrême droite comme les médias tentent de nous faire croire, mais elle appartient à tous les peuples qui ont pris la décision de rester en vie. Cet encrage au territoire commence par le connaitre, à connaitre les différentes communautés qui y vivent, à connaitre la nature et l’environnement et à vouloir s’engager à contribuer à ce pays. Donc, à le défendre. Le défendre contre ceux qui le pillent, l’agressent, le dépouillent, et changent son rythme de vie et ses façons de faire. Alors que devons-nous faire ? Il faut résister en restant accrocher à ce qui nous vient du passé et évoluer à notre rythme et non celle d’une économie mondiale apatride qui n’a que faire de nos cultures sauf pour les mettre sur leurs produits qui nous vendent. Or, dans notre démarche de résistance face au pillage de nos ressources et à l’homogénéisation culturelle des peuples, nous ne devons guère rester passifs et vouloir uniquement penser en vase clos.

Il m’est insoutenable d’entendre certains militants ou politiciens qui critiquent la mondialisation au niveau économique, mais qui le font timidement lorsqu’ils en parlent sous un angle identitaire. Ils parlent de notre l’identité qui peut être bousculé par la mondialisation et que nous devons nous accrocher le plus qu’on peut aux ruines d’un passé nébuleux qui se détériore le temps que la tempête passe. Comme si c’était un orage naturel et inévitable…

 Non ! La globalisation qui détruit nos peuples continuera tant que nous ne l’attaquerons pas de front par tous les moyens nécessaires. En tant que québécois, nous subissons l’appauvrissement sur la base culturelle et c’est par l’enracinement que nous pouvons y résister et aussi l’affronter. Notre nationalisme et notre patriotisme doivent s’inscrire dans une perspective internationale où nous devons nous allier d’autres peuples de la terre. Comme les Africains qui se révoltent et réclament leur pleine et entière souveraineté. Comme les Français qui se sont révoltés en 2019 avec les Gilets jaunes. Et comme tous les peuples à qui nous devons impérativement tendre la main. Le but c’est de former des alliances entre tous les enracinés de la terre. Nous avons comme devoir de tisser des liens et des alliances avec tous les peuples de la terre qui, comme nous, résistent à ce fléau qui gangrène et effrite nos distinctions particulières. Nous devons tous nous unir tel un érable encré en son sol dont les racines s’entremêlent avec les racines du cyprès, de l’arachide, du pin, du baobab et de tous les autres arbres. Nos racines doivent se tenir ensemble en bras dessus, bras dessous tel de véritables camarades partageant une fraternité et une solidarité face au néolibéralisme et à la mondialisation. Ces possédants veulent nous extirper de notre terre mère qui nous a vus naître et qu’on lui a promis d’y être fidèle et d’y mourir. Nous allons reprendre nos patries. Ce n’est plus nous qui irons à l’abattoir.

« L’objectif de la mondialisation, système non seulement totalisant, mais totalitaire, étant la destruction de l’État national, son arme est la désagrégation de la spécificité de chaque culture, cet ancrage immémorial des peuples dans leur réalité particulière. »

  • André Ferreti

À tous les peuples, nous avons un combat à mener ! Finissons-le ensemble !

Au yable le mondialisme !

Vive les peuples du monde

Vive la liberté ! Vive l’indépendance !

Olivier Lamanque Galarneau


[1] Fred Dubé | Anarcho-Taquin | Spectacle intégral. En ligne au : https://www.youtube.com/watch?v=D84KB4ESmWE&t

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